mardi 4 juillet 2017

TEXTE - Déclaration de politique générale de M. Edouard PHILIPPE, Premier ministre Assemblée nationale,

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés,

« Malgré un destin difficile, je suis, je reste toujours optimiste. La vie m’a appris qu’avec le temps, le progrès l’emportait toujours. C’est long, c’est lent, mais en définitive, je fais confiance. » Ces mots sont de Simone VEIL. Ils ont été prononcés en 1995 mais ils sont en vérité éternels et ils sont ceux de la France. Ils disent ce qu’il faut d’efforts et de courage pour que le progrès advienne. Ils disent aussi combien confiance et progrès ont partie liée.

Je veux, alors que je m’exprime depuis cette tribune devant la représentation nationale et après avoir cité Simone VEIL, vous parler d’une autre femme, d’une femme qui, à la fin de l’été 2003, poussait les lourdes portes d’une grande école parisienne, une jeune femme que rien ne prédestinait à entrer dans ce lieu, une jeune femme qui a grandi en Seine-Saint-Denis, suivi une scolarité dans des établissements situés en quartiers d’éducation prioritaire à Villetaneuse et à Saint-Ouen, une jeune femme dont les parents, chauffeur-bagagiste et aide-soignante, ne s’attendaient pas à ce qu’elle accède à cette grande école parisienne puis devienne avocate, puis travaille dans les cabinets les plus prestigieux, puis fonde son propre cabinet.

Cette jeune femme siège aujourd’hui sur vos bancs. Sa réussite est le produit de son travail, de son engagement, de sa ténacité. Elle la doit aussi à la décision d’un responsable public – en l’occurrence, le directeur de Sciences Po – qui avait, quelques années auparavant, bousculé son institution pour l’ouvrir à des formes d’excellence peut-être un peu moins classiques.

Une politique publique critiquée lorsqu’elle a été adoptée, copiée depuis et qui apparaît quelques années après, grâce au travail et à l’effort de ceux qui en bénéficient, comme un modèle, comme un progrès. C’est long, c’est difficile, mais ça marche et pas seulement pour cette jeune fille. Au moins deux d’entre vous ont bénéficié de cette politique publique audacieuse dont un jeune homme de Saint-Laurent-du-Maroni, un de ces benjamins de cette Assemblée qui sera peut-être une de ces grandes figures que la Guyane offre parfois à notre pays.

Des parcours individuels, certes, mais rendus possibles par une politique publique. Ainsi va la République ou plutôt ainsi devrait-elle aller. Je regarde cette Assemblée, je regarde ces bancs où je siégeais il y a quelques semaines encore, je vois un éleveur de la Creuse, agriculteur comme l’étaient son père, son grand-père et tellement d’autres avant lui, enraciné dans sa terre au point que le lieu-dit où il vit porte le nom de sa famille. Il s’est battu pour continuer à y vivre, pour défendre l’excellence de l’agriculture française.

Je vois une jeune femme officier qui a participé à deux opérations extérieures et a commandé une des compagnies de la brigade franco-allemande.

Je vois un autre de vos benjamins né au Rwanda quatre ans avant le génocide et recueilli par la République qui lui a offert son meilleur visage et qui peut être fière de le voir aujourd’hui représenter la nation.
Je vois des sportifs de haut niveau, des entrepreneurs, des scientifiques, des militants du monde associatif.

Je vois même des matheux, des matheux qui, par leur talent et leur travail, constituent à la fois une fierté pour votre Assemblée et une fierté pour la France.

Je vois une Assemblée rajeunie, féminisée et largement renouvelée puisque 430 d’entre vous font leurs premiers pas dans cette enceinte. Une Assemblée qui porte l’héritage républicain et qui ressemble à la France.

Et c’est devant cette Assemblée renouvelée, Mesdames et Messieurs les Députés, que se présente un gouvernement paritaire, lui aussi profondément renouvelé par la diversité de ses origines – professionnelles et politiques – et que le président de la République m’a demandé de diriger.

Je mesure cet honneur. Je mesure la responsabilité aussi de la tâche qui est la mienne et je l’aborde avec beaucoup d’humilité, avec une humilité d’autant plus grande que pour préparer cette déclaration de politique générale, j’ai relu toutes celles de mes prédécesseurs. Je dis bien toutes, depuis celle de Michel DEBRÉ le 15 janvier 1959 jusqu’à celle de Bernard CAZENEUVE le 14 décembre dernier.

Tous ces discours étaient inspirés par les convictions les plus sincères, par un patriotisme digne d’éloges et par le sens de l’Etat le plus élevé. Il faut avoir le courage de le dire, même si c’est à contrecourant des idées reçues, la France n’a jamais manqué de responsables politiques compétents et souvent d’une exceptionnelle qualité. Je sais d’ailleurs ce que je dois à l’un d’entre eux, Alain JUPPE, et je voudrais ici lui rendre hommage.

De toutes ces déclarations de politique générale, deux m’ont particulièrement marqué. Je cite un extrait de la première : « De cette société bloquée, je retiens trois éléments essentiels : la fragilité de notre économie, le fonctionnement souvent défectueux de l’Etat, enfin l’archaïsme et le conservatisme de nos structures sociales. » Ces mots sont d’une actualité criante. Ils ont été prononcés le 16 septembre 1969 par Jacques CHABAN-DELMAS, il y a 48 ans. Beaucoup d’entre nous n’étions pas nés.

Le second est un peu plus récent, je le cite encore : « Nos priorités ne sont pas celles d’une moitié de la France contre l’autre moitié mais celles de tous les Français. Défaire ce que les autres ont fait, faire ce que d’autres déferont, voilà bien le type de politique dont les électeurs ne veulent plus. Nous ne demanderons à personne de nous rejoindre par intérêt ni de trahir ses convictions. » Il s’agit des mots de Michel ROCARD le 29 juin 1988, il y a quand même presque 30 ans.

ROCARD, CHABAN, deux personnalités éminentes, deux hommes d’Etat qui ont incarné deux courants essentiels de notre vie politique, le gaullisme et la social-démocratie. Deux hommes qui s’accordaient donc sur un constat et sur une méthode et pourtant, le diagnostic posé il y a 48 ans reste hélas valable, la méthode proposée il y a 30 ans demeure toujours une exigence mais trop rarement une réalité.

Et la France, à la différence de beaucoup de nations du monde, ne résout pas ses problèmes. En découle un sentiment mortifère où se mêlent désarroi, découragement, désenchantement et colère. Nous connaissons ce sentiment, nous le ressentons parfois nous-mêmes, nous connaissons sa puissance. Nos compatriotes l’ont exprimé et fortement lors de l’élection présidentielle par un réflexe d’abstention ou un vote d’exaspération.

Il faut comprendre ces angoisses, il faut entendre cette colère. Mais nos compatriotes ont aussi exprimé un espoir formidable en portant Emmanuel MACRON à la présidence de la République. Tandis que de grandes démocraties choisissaient le repli sur elles-mêmes, le dos tourné au monde, les Français, avec le président de la République, ont préféré l’esprit d’ouverture et de conquête. On leur proposait la nostalgie impuissante, ils ont préféré le courage d’affronter l’avenir. Ils avaient à choisir entre la colère et la confiance, ils ont exprimé leur colère mais ils ont choisi l’optimisme et le rassemblement.

Durant la campagne, depuis son élection et hier encore devant le Parlement réuni en Congrès, le président de la République nous a montré le cap. J’en suis heureux. C’est bien souvent d’un cap que nous avons manqué. Il nous a également indiqué la méthode pour y parvenir. Elle tient en trois points : dire la vérité, travailler avec toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté, obtenir des résultats concrets le plus rapidement possible. Ce cap est clair, il doit être tenu.

Les Français ont d’ailleurs, dans un souci de cohérence évident, donné au président et au gouvernement les moyens de suivre ce cap en désignant une majorité claire et incontestable. Cette majorité claire, nul ne la prend pour un blanc-seing. Elle implique au moins autant de devoirs que de droits. Que le gouvernement puisse fonder son action sur une majorité forte est une bonne chose, qu’il ait toujours à l’esprit que l’intérêt général ne se réduit jamais à aucune fraction du peuple français, fût-elle majoritaire, en est une bien meilleure encore.

Mais la France doit avancer. Il y a dans notre cher et vieux pays une envie, une énergie, un espoir qui transcendent les courants politiques et voilà bien qui ne devrait surprendre personne. Les Français nous ont habitués à travers les âges à ces sursauts collectifs et à ces retours de confiance alors même que tout semblait bloqué, voire perdu. En 2017, les Français nous ont dit qu’ils voulaient que la France redevienne enfin elle-même, confiante, courageuse et conquérante.

Pour redevenir elle-même, la France doit rétablir la confiance et d’abord la confiance des Français en l’action publique. Je parle bien de confiance et pas de morale. Je ne serai pas l’arbitre des élégances et je n’aime pas le mélange des genres.

Je ne suis pas non plus un inconditionnel de l’absolue transparence qui tourne vite au voyeurisme et à l’hypocrisie. Je crois au vieux mot romain de « vertu » qui recouvre à la fois l’honnêteté, la rectitude et le courage.
Nous avons fait des progrès en la matière depuis trente ans. Sous la pression souvent mais de façon très nette, les règles de financement des partis politiques et des campagnes électorales sont aujourd’hui bien plus strictes et bien plus saines qu’il y a trente ans.

Assumons ces progrès, ils ne comptent pas pour rien.

Je veux le dire clairement nous ne devons jamais laisser discréditer ceux qui ont fait le choix honorable de consacrer une partie de leur vie au service de leurs concitoyens et à la chose publique. Mais dans leur intérêt même il faut encore agir, car il y a à l’évidence mesdames et messieurs les députés des pratiques qui ont été longtemps tolérées et que le peuple français n’accepte plus.

Il s’agit de fixer le cadre qui permettra d’assainir notre vie publique et de rétablir la confiance des Français tout en posant des règles claires pour les élus.

C’est l’objet du premier projet de loi qui vous a été soumis ; comme le président de la République l’a indiqué hier nous lancerons également dans l’année les réformes institutionnelles indispensables à la modernisation de notre démocratie.

J’insisterai en particulier sur la réforme de la Justice. Dans un Etat de droit rien n’est possible sans une justice forte. Si elle est lente, lointaine ou inégalitaire, ou même seulement trop complexe, la confiance se trouve fragilisée.
La réforme constitutionnelle renforcera l’indépendance des magistrats. Dès 2018 une loi quinquennale de programmation des moyens de la justice sera présentée au Parlement. Cette loi permettra à la Garde des Sceaux d’engager un vaste mouvement de dématérialisation, de simplification et de réorganisation. Avoir confiance dans la justice c’est pouvoir y recourir simplement et savoir qu’elle tranchera rapidement, en particulier sur les infractions les plus graves : lutter contre le terrorisme, la grande criminalité, la fraude organisée, les violences et notamment celles faites aux plus fragiles.

Les peines seront renforcées, tandis que d’autres incivilités pourront faire l’objet de contraventions plutôt que de procédures plus lourdes mais trop souvent dépourvues des faits.

La construction de 15 000 places de prison est un engagement fort du président de la République, il sera tenu. Parce que ne pas pouvoir incarcérer ceux qui doivent l’être est inadmissible. Mais aussi parce qu’il nous faut traiter dignement les détenus. C’est essentiel pour ne pas transformer les prisons en incubateur des violences de demain, mais c’est essentiel pour nous car c’est aussi notre dignité qui est en jeu.

Nous ferons donc ce qui doit être fait sans oublier jamais que la prison n’est pas une fin en soi et qu’il est nécessaire d’utiliser l’ensemble des sanctions prévues par le code pénal. Le recours à l’enfermement ne doit pas traduire une paresse de l’esprit qui s’interdirait de réfléchir au sens de la peine, à la nécessité d’empêcher la récidive, à l’obligation de préparer la réinsertion.

Rétablir la confiance c’est aussi rassurer les Français sur le futur de la Sécurité sociale. La Sécurité sociale est une partie de nous-mêmes. Elle est comme le veut une belle formule « le patrimoine de ceux qui n’en ont pas ». Mais alors si tel est le cas traitons-la comme un véritable patrimoine, en l’entretenant, en la préservant, en la rénovant. C’est vrai pour notre système de santé. Les Français y sont attachés parc que, à juste titre, ils font confiance à leur médecin et aux professionnels de santé et à l’hôpital qui reste un pole d’excellence française.

Mais ils constatent aussi que le système est mal coordonné, que la répartition entre urgence et consultation, entre soins de ville et soins hospitaliers n’est pas optimale, que l’on évite au fond ni l’exclusion des soins, si l’accroissement des inégalités.

La prévention sera le pivot de la stratégie nationale de santé discutée à l’automne.

Des maladies que l’on croyait éradiquées se développent à nouveau sur notre territoire. Des enfants meurent de la rougeole aujourd’hui en France. Dans la patrie de PASTEUR ce n’est pas admissible. L’an prochain, les vaccins pour la petite enfance, qui sont unanimement recommandés par les autorités de santé, deviendront obligatoires.

En matière de lutte contre le tabac là encore il nous fait assumer des choix courageux. Chaque année le tabac en France entraine plus de 80 000 décès. C’est la première cause de mortalité évitable et la consommation quotidienne de tabac augmente chez les adolescents. Ne rien faire est exclu, nous porterons progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros en luttant sans merci contre les trafics qui minent cette politique de santé autant qu’ils fragilisent ceux qui respectent la loi.

Nous créerons un service sanitaire pour les étudiants des filières de santé, pour leur permettre d’intervenir dans les écoles et les entreprises pour des actions de prévention.

Mais prévenir ne suffit pas. Il nous faudra aussi revoir la manière dont est organisé notre système de soins. Nos professionnels de santé sont compétents et dévoués. Mais leur action est trop souvent entravée par les rigidités de nos structures, les carcans administratifs, le fonctionnement en silos.

Il faut donc bâtir des parcours de soin en favorisant l’interconnexion des professionnels de santé et la circulation de l’information au bénéfice du patient, en mettant en place de nouvelles incitations et de nouveaux modes de rémunération, en mesurant la qualité des soins et en la faisant connaitre. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale traduira cette ambition dès cette année.

Notre stratégie de santé devra aussi permettre de garantir un égal accès aux soins. Pas seulement en droit mais surtout dans les faits.

La ministre de la Santé prépare, pour le mois de septembre prochain, un plan de lutte contre les déserts médicaux en bonne intelligence avec les collectivités territoriales et les acteurs du monde de la santé. En la matière, la télémédecine offre des opportunités formidables, nous les favoriserons.

Enfin notre stratégie de santé devra rompre le cercle vicieux du renoncement aux soins. D’ici la fin du quinquennat tous les Français auront accès à des offres sans aucun reste à charge pour les lunettes, les soins dentaires et les aides auditives.

Rétablir la confiance c’est savoir que nous serons tous ici, tous, jugés sur la façon dont nous nous comportons avec les plus faibles. Pas seulement pour changer le regard que la société porte sur eux, sur le handicap, sur les personnes âgées, sur les plus pauvres, mais aussi pour reconnaître tout ce que nous pouvons recevoir d’eux.

 Nous revalorisons dès 2018 l'Allocation adulte handicapé et le minimum vieillesse ; nous simplifions les procédures pour les titulaires de droits sociaux qui souvent, par désespoir ou par ignorance, ne les réclament plus.
Nous renforcerons notre action en matière de lutte contre la pauvreté en insistant particulièrement sur les familles comprenant de jeunes enfants. Ces efforts financiers sont nécessaires et ils ne seront pas suffisants. Il nous faut aussi reconnaître et soutenir les solidarités familiales affectives et financières.

 Les familles sont de plus en plus diverses, mais leur rôle reste central. La génération de mes grands-parents a été la première à bénéficier de la retraite ; la génération des mes parents est la première à bénéficier de la retraite tout en ayant assumé une partie de l'aide à ses propres parents.

Le changement de civilisation et majeur, il ne me paraît pas suffisamment pris en compte ; la baisse de la natalité de son côté, réelle depuis deux ans, doit nous alerter.

Nous cesserons donc de considérer les familles comme de simples variables d'ajustement fiscal. La ministre de la Santé et des Solidarités présentera des mesures améliorant le congé maternité et les solutions de garde d'enfant ; c’est aussi une mesure qui s'inscrit dans la grande cause nationale de l'égalité entre les femmes et les hommes.

L’inclusion des personnes en situation de handicap constituera une des priorités du quinquennat. C'est à une mobilisation nationale que j'appelle sous l'impulsion du président de la République et sous la conduite de la secrétaire d'Etat. Les personnes en situation de handicap et celles qui les accompagnent ont droit à la solidarité nationale. Elles ont besoin de bien plus encore, et elles peuvent nous apporter davantage.

Un enfant handicapé scolarisé ce n’est pas simplement une histoire d'argent ni même de justice, c'est une chance pour l'ensemble de ses camarades. Une entreprise ou une collectivité territoriale qui embauche plutôt que de payer une taxe c'est une communauté de travail plus forte et plus motivée.

Les moyens ne pourront pas être illimités, mais l'énergie que nous y mettrons ne sera pas comptée.

Rétablir la confiance est aussi affermir le lien entre l'Etat et les territoires. Nous ne sommes plus à l'époque où la République, encore mal affirmée, n'imaginait son unité qu’au prix de l'uniformité. Les jardins à la française ont leur charme mais ils se prêtent assez peu au foisonnement d'initiatives dont le pays a besoin et auxquels les collectivités sont prêtes.

Comme l'a réaffirmé le président de la République hier, nous voulons donner aux libertés locales toutes leurs forces. La liberté de s'organiser d'abord en développant les communes nouvelles ou les regroupements de départements dès lors que les fusions ne sont pas contraires à l'intérêt général.

 La liberté d'exercer ses compétences ensuite, osons les expérimentations, ne décrétons pas depuis Paris la fin du millefeuille territorial, mais incitons les territoires à adapter localement leur organisation pour que partout où c'est possible nous puissions tendre vers deux niveaux seulement d'administration locale en-dessous du niveau régional.

Pourquoi ne pas permettre non plus sur la base du volontariat à certaines collectivités d'exercer des compétences pour le compte d'un autre niveau comme par délégation.

En matière de finances locales, nous engageons avec les collectivités territoriales des discussions indispensables car si chacun bien sûr doit contribuer à l'effort de redressement de nos comptes publics, cela doit se faire dans le dialogue et le respect et avec la prévisibilité nécessaire à toute bonne gestion.

 C'est dans ce cadre que nous engagerons la concertation sur la réforme de la taxe d'habitation qui doit contribuer d'ici la fin du quinquennat à rendre du pouvoir d'achat à l'immense majorité de nos concitoyens.

 Je sais cette réforme attendue par les contribuables mais redoutée par les élus. La taxe d'habitation est aussi nécessaire aux budgets locaux qu'elle est injuste dans son calcul et son évolution pour les contribuables ; et qui ne peut dire le contraire !

 Améliorer le dispositif pour les collectivités tout en redonnant du pouvoir d'achat pour les citoyens est un objectif qui devrait nous réunir ; rétablir la confiance c'est aussi éviter de creuser un fossé entre deux France que certains voudraient opposer mais qui ne peuvent ni vivre, ni réussir l'une sans l'autre : la France des métropoles mondialisées et la France périphérique.

 C’est tout l'objectif de la conférence nationale des territoires dont la première réunion se tiendra à mi-juillet. Nous y proposerons un pacte pour les collectivités pour les accompagner dans la transition écologique et pour les accompagner dans la transition numérique notamment en garantissant un accès au très haut débit au plus tard d'ici 2022 partout en France.

Mais notre gouvernement n'est pas celui des machines, il est d'abord celui des hommes. Il y a des Français qui n'ont pas de GPS, pas de box connectée, dont le téléphone sert à téléphoner et c'est tout. Il y a des citoyens qui sont broyés et ignorés par ce monde technique.

 Le fossé s'agrandit, et il n'est pas que générationnel, il est social et il est parfois géographique. Nos services publics, le monde associatif doivent accompagner ces évolutions et ces révolutions numériques ; nous les y aiderons.
De même il y a des votes protestataires qui se sont exprimés en métropole comme en Outre-mer. Il faut les entendre. Il y a aussi un vote identitaire qui s'est notamment exprimé en Corse ; on peut être comme je le suis intransigeant sur les principes républicains sans être pour autant Ignorant des diversités et des aspirations à la reconnaissance.

La France est partout dans le monde grâce à ses Outre-mer, sur tous les continents et dans tous les océans du globe. Voilà une richesse, voilà une chance, voilà aussi un défi. Les assises de l’Outre-mer seront l’occasion pour l’ensemble du gouvernement d’être à l’écoute des attentes de chaque territoire, et de concevoir ensemble les plans de convergence prévus par la loi pour l’égalité réelle des Outre-mer. Pour ce qui concerne l’avenir de la Nouvelle Calédonie, cette mandature sera celle de l’aboutissement de l’accord de Nouméa signé il y a vingt ans.

S’il n’est pas saisi d’ici mai prochain par le Congrès le gouvernement comme le prévoit la Constitution organisera la consultation pour l’accession à la souveraineté au plus tard en novembre 2018. L’Etat jouera pleinement son rôle d’acteur et de garant de ce processus pour conforter le destin commun inscrit dans le préambule de l’accord. C’est un engagement personnel que je prends ici, honoré de reprendre le flambeau de Michel ROCARD et de quelques autres après lui.

La confiance enfin c’est tout ce qui nous rassemble, la France est une nation et une nation n’est ni une juxtaposition de territoires ni une addition de communautés ni encore moins une somme d’individus. Une nation est une adhésion à des valeurs, à une histoire, à une géographie, c’est une culture qui s’assume et qui se transmet. Etre Français c’est reconnaître des valeurs et partager une culture. C’est reconnaître que la laïcité est une exigence pour la puissance publique, celle de la neutralité absolue à l’égard des cultes. C’est aussi rappeler qu’elle est surtout pour chacun sur le territoire de la République une liberté, la liberté de conscience individuelle, la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer un culte ou de n’en suivre aucun. Le gouvernement n’acceptera pas que ce principe fondateur soit attaqué, remis en cause ou instrumentalisé. Il le fera respecter sans outrance en se gardant de provoquer mais avec une fermeté qui repose sur l’idée simple que la laïcité est au fond une condition de ce que nous sommes, la France.

Ce qui nous rassemble c’est aussi la culture, c’est notre langue, c’set notre patrimoine, c’est ce que nous partageons, c’set ce qui fait que la France est admirée et aimée dans le monde, c’est ce que déteste les porteurs de haine qui à plusieurs reprises ont attaqué notre pays. Et s’ils détestent autant cette culture et ce mode de vie, s’ils haïssent les dessins, les livres, la musique et les spectacles c’est qu’ils savent que ceux-ci sont une source inépuisable de réflexion, d’émancipation et de bonheur, ils savent qu’ils sont libérateurs. Ne nous y trompons pas, la formation dès le plus jeune âge à la culture et à la création rend libre et en les familiarisant avec la longue histoire des arts, en leur faisant découvrir les lieux de culture, en leur apprenant à décrypter l’époque et à découvrir notre héritage nous élevons l’âme de nos enfants et nous renforçons la cohésion de notre pays. De concert les ministres de l’Education nationale et de la Culture feront de ce chantier une priorité commune.

De même, lire rend libre, plus encore que sous les ors des palais la République vit dans ses bibliothèques, nous voulons rester, redevenir peut-être même une nation de lecteurs en nous inspirant des initiatives remarquables menées par de nombreuses associations ou de nombreuses collectivités territoriales. Accéder aux œuvres et à la création rend libre, notre époque bouleverse les modes de diffusion des œuvres, c’est à la fois une chance et un défi. Profitons-en pour faciliter le plus large accès possible aux biens culturels avec notamment la création d’un « pass culture » pour les jeunes comme l'a proposé le président. Mais ouvrons aussi le débat avec les acteurs géants du numérique dans le cadre européen pour assurer aux artistes les moyens de vivre de leurs créations et pour participer au financement de cet accès aux œuvres.

Mesdames et Messieurs les Députés, la France peut renouer avec la confiance, elle en a, j'en suis certain, les moyens, elle en a, j'en suis convaincu, l'envie, elle doit aussi en avoir le courage, le courage, voilà le deuxième grand axe qui organise le travail du gouvernement. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas du courage du gouvernement, de la majorité ou du Parlement, il s'agit du courage dont nous devons collectivement nous Français faire preuve pour être à la hauteur des enjeux. Les Français sont courageux, ils l’ont été face au terrorisme, pas seulement les policiers, les gendarmes, les militaires ou les douaniers qui luttent contre cette menace et qui en sont trop souvent les cibles, tous les Français. Face au danger ils n'ont pas voulu changer leurs habitudes, encore moins renoncer à leurs valeurs. Il y a dans notre pays une forme de courage tranquille mais réel dont nous pouvons être fiers.

La menace est partout, diffuse, pas un mois ne passe sans que des projets ne soient éventés ou des actes empêchés. Ayons en cet instant une pensée pour les victimes, plus de 200 tués sur notre sol, des centaines de blessés, pour leurs proches qui doivent apprendre à vivre avec la douleur, avec la peine et avec l'absence. Je veux rendre hommage à tous ceux que nous voyons, policiers, gendarmes, militaires de l'opération Sentinelle veiller chaque jour sur notre sécurité, à ceux qui combattent sur les théâtres d'opérations extérieures, au Sahel ou au Levant, et à tous ceux que nous ne voyons pas et que nous ne connaîtrons jamais, nos soldats de l'ombre dont nous pouvons être fiers, beaucoup sont tombés au service de notre liberté.

Je veux leur dire à tous que nous leur donnerons les moyens de nous défendre, comme s'y est engagé le président de la République une loi de programmation militaire sera adoptée dès 2018, elle portera l'effort de dépenses à 2 % du PIB d'ici 2025 et permettra à la France de se battre sur tous les fronts. Mais je tiens à vous le dire sans détour, il y aura d'autres attaques, d'autres drames, d'autres vies innocentes fauchées, nous ne nous y habituerons jamais et nous ne baisserons pas la garde, à l'image des Français nous affronterons cette menace avec une calme et une froide détermination. Nous lutterons contre le terrorisme avec la plus extrême dureté sans renier ce que nous sommes, un Etat de droit et qui plus est la République française.

Une République, Mesdames et Messieurs les Députés, qui ne peut pas vivre dans un état d'urgence permanent, c'est pourquoi le président de la République nous a demandé de préparer la sortie de l'état d'urgence au plus tard le 1er novembre prochain avec un projet de loi renforçant l'efficacité de notre arsenal législatif contre le terrorisme sous le contrôle rigoureux du juge. En parallèle, le ministre de l'Intérieur et la garde des Sceaux travailleront ensemble pour faire reculer l'insécurité. Au printemps 2018, après des expérimentations, ils porteront ensemble un projet de réforme reposant sur des procédures simplifiées afin que les forces de sécurité soient libérées de la complexité administrative, établir une véritable police de sécurité au quotidien, c'est aussi une condition pour rétablir la confiance.

Le courage c'est aussi de regarder en face le défi migratoire, la pression qui s'exerce aux frontières, dans les Alpes-Maritimes, dans le Calaisis, à Mayotte, en Guyane, qui s'exerce aussi au cœur même du territoire national comme à Paris crée des tensions considérables et lourdes de dangers pour l'ordre public. Cette pression ne faiblira pas, les conflits et l'insécurité économique au Moyen-Orient et en Afrique, les risques liés au climat, les réseaux qui prospèrent en exploitant le malheur et la misère, tout contribue à l'alimenter. Face à cette situation, la France s'est révélée incapable de remplir ses obligations juridiques ou morales, les demandeurs d'asile relevant effectivement de la convention de Genève attendent l'octroi d'un statut durant de longs mois et dans des conditions parfois honteuses, les autres qui sont en réalité des migrants économiques sont rarement éloignés quand ils sont déboutés.
La semaine prochaine, le gouvernement présentera des mesures qui répondront à trois exigences : une exigence de dignité pour que la France honore sa tradition d'accueil des réfugiés, une exigence d'efficacité pour réduire les délais moyens d'instruction des demandes d'asile de 14 à six mois et obtenir l'éloignement effectif des déboutés du droit d'asile, une exigence de solidarité et de responsabilité, avec nos partenaires européens nous ferons aboutir la réforme du régime européen de l'asile et mènerons une action en direction des pays d'origine et de transit. Il s’agit, Mesdames et Messieurs les Députés, comme je l'ai dit il y a quelques jours aux préfets que j'ai réunis avec monsieur le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, de voir le monde tel qu'il est sans renoncer à ce que nous sommes. Accueillir, oui, bien sûr, aider, oui, évidemment, subir, non, jamais.

Le courage c'est aussi de regarder les choses en face et de préparer l'avenir, parlons donc de l'école. Je suis par mon histoire personnelle un pur produit de l'école publique, deux fois fil de profs, je dois une bonne partie de ce que je suis à mes maîtres, à leur attention, à leur persévérance et à leur capacité à m'inspirer. Nous connaissons tous le dévouement des enseignants, la passion qui les anime et le rôle qu'ils jouent pour nos enfants. Et pourtant, et pourtant toutes les études le démontrent, nous formons très bien les très bons mais nous creusons les inégalités et le niveau moyen de nos élèves n'est pas à la mesure de notre grand pays. Notre système laisse sortir chaque année encore près de 100.000 jeunes sans qualification, nous dépensons bien moins que nos voisins dans le primaire où pourtant tout se joue, nous dépensons bien plus que les autres pays pour le lycée notamment parce que notre système est rigide et conçu autour du baccalauréat. Mais nous conduisons 60 % 60 %, Mesdames et Messieurs les Députés, de bacheliers à l'échec en licence. Enfin, scandale absolu, scandale absolu, des bacheliers y compris parmi les plus méritants se retrouvent exclus par tirage au sort des filières universitaires qu'ils ont choisies. Où est l'égalité ? Où est le mérite ? Où est la République ? Nous ne pouvons plus accepter.

Je ne reviendrai pas sur les mesures déjà annoncées par le ministre de l'Education pour l'école et pour le collège, elles se concentrent sur l'acquisition des savoirs fondamentaux, le soutien aux élèves et l'autonomie des établissements et elles seront en vigueur dès la rentrée prochaine. Quant au baccalauréat, nous le ferons profondément évoluer, une concertation sera lancée dès la rentrée prochaine pour resserrer les épreuves finales autour d'un petit nombre de matières et définir ce qui relève du contrôle continu. Nous aboutirons avant septembre 2018 pour une mise en œuvre complète de cette réforme pour le bac 2021.

Notre ambition est forte aussi pour la filière professionnelle, le lien entre le lycée professionnel et le monde de l'entreprise par l'alternance ou par l'apprentissage doit être resserré. Le lycée professionnel doit aussi être mieux intégré avec les filières post-bac courtes que sont le BTS et les licences professionnelles. Des diplômes de qualification à bac+1 pourront également être proposés après le baccalauréat professionnel.

Nos grandes universités doivent également continuer à se transformer avec l'appui des organismes de recherche, elles doivent continuer à gagner en autonomie, travailler en réseaux et se rapprocher du monde économique. C'est dans leurs laboratoires que se construisent l'intelligence collective et la croissance économique de demain. Les efforts d'investissements ne seront pas relâchés, nous avons besoin d'universités fortes ou formation, recherche et innovation irriguent notre culture et notre économie. Nos universités vont connaître un choc démographique dont nous devons tous nous réjouir mais qui n'est pas neutre, chaque année ce sont 40.000 étudiants supplémentaires qu’il nous faudra accueillir mais nous n'avons pas le droit d'orienter des générations entières dans des formations inadaptées et sans débouchés. Il est temps d'offrir à nos lycéens des contrats de réussite étudiante qui leur indiquent les pré-requis pour réussir dans la filière visée, nous le ferons dès la rentrée 2018. Il faut aussi garantir un réel droit au retour à l'université tout au long de sa carrière pour compléter et validé en milieu académique les acquis de l'expérience.

Notre jeunesse a soif de cause, on n’y répondra pas par des taux de croissance ou par des procédures, la jeunesse veut s'élever, au siècle dernier elle a eu trop d'occasions de verser son sang. Le front aujourd'hui est social, environnemental et mondial, il appelle la mobilisation de la jeunesse non pour combattre mais pour construire, partager, déverser le fruit de ses connaissances et de son enthousiasme. C'est aussi pour préparer nos enfants à ce monde qui vient, à cette France que nous voulons grande et belle, juste et forte que le gouvernement mettra en place un nouveau service national conformément aux engagements du président de la République. La réflexion sur les formes qu'il prendra sera conduite avant la fin de l'année 2017.

Le courage c'est aussi de rénover enfin notre modèle social. Nous sommes dans notre pays fortement et légitimement attachés à l'égalité, égalité devant la loi, égalité des droits. Pourtant, nous sentons bien aujourd'hui que cette égalité est malmenée, le code du travail est le même pour tous mais le niveau de protection n’est pas le même dans les grands groupes, dans les PME ou pour celui qui accumule des CDD. Et nous savons aussi que chacun aspire à notre époque à plus de libertés, liberté de choisir sa carrière professionnelle, de changer de métier, liberté de créer, liberté d’entreprendre, liberté de concilier sa vie professionnelle et sa vie personnelle.

Les catégories traditionnelles qui ont structuré notre vie sociale s’effritent. Frontière entre salariat et travail indépendant, rôle de la loi et du contrat, répartition de la valeur. Tout cela est profondément bouleversé par l’impact conjugué de la mondialisation et de la révolution numérique.

Voilà pourquoi nous voulons rénover notre modèle social, pour qu’il crée des protections véritablement efficaces au lieu de les garantir seulement sur le papier. Pour qu’il accompagne celui qui veut prendre un risque, au lieu d’être seulement tourné vers celui qui est déjà installé.

Dès le 6 juin dernier, j’ai défini avec la ministre du Travail et nous avons partagé avec les partenaires sociaux la feuille de route de cette rénovation sociale. Elle tient en quatre points : Renforcer le dialogue social dans l’entreprise et dans les branches, redonner du pouvoir d’achat aux actifs, sécuriser les parcours professionnels, rendre notre système de retraite plus juste et plus lisible.

Nous voulons avancer vite, car l’urgence sociale est forte. Mais nous avançons sans précipitation. Nous sommes encore dans le temps de la concertation avec les partenaires sociaux. Cette semaine, commencera le temps du débat parlementaire avec l’examen du projet de loi d’habilitation pour le renforcement du dialogue social. A la fin de l’été, viendra le temps de la décision, lorsque les ordonnances seront publiées.

Dès octobre, nous engagerons les chantiers du renforcement de la formation professionnelle, de l’ouverture de l’assurance chômage aux démissionnaires et aux travailleurs indépendants et de la refonte de l’apprentissage. Nous aurons, là aussi, de vraies discussions avec les partenaires sociaux et nous présenterons un projet de loi et un plan d’actions au printemps 2018.

Nous appliquerons la même méthode à la rénovation de notre système de retraite pour le rendre plus juste et plus transparent, pour qu’un euro cotisé ouvre les mêmes droits pour tous. Nous prendrons le temps du diagnostic, de la concertation et de la négociation et nous fixerons le cadre de la réforme fin 2018.

Entre temps, nous aurons rendu du pouvoir d’achat aux salariés, la suppression des cotisations salariales sur l’assurance maladie et l’assurance chômage, financée par un transfert sur la CSG, redonnera, dès 2018, du pouvoir d’achat à plus de 20 millions d’actifs. Cela représente, Mesdames et Messieurs, 250 euros par an au niveau du SMIC, 250 euros par an au niveau du SMIC. Nous augmenterons aussi la prime d’activité, car le message aux Français est clair : le travail doit payer.

Le courage, enfin, c’est de faire face à la vérité sur notre situation financière. Dès ma prise de fonction, j’ai voulu disposer d’une vision nette de la situation de nos comptes publics. Le constat est grave : 8 milliards d’euros de dépenses non financées, notre dette atteint un niveau insupportable, 2 147 milliards d’euros. Chaque année, Mesdames et Messieurs, chaque année, la France dépense 42 milliards d’euros pour rembourser ses intérêts. 42 milliards, c’est plus que l’intégralité du budget que nous consacrons à notre Défense nationale, c’est cinq fois le budget de la Justice.

Cette dette nous met à la merci des marchés financiers, ce qui a l’air de ne poser de problèmes à personne, dont les fluctuations décident de plus en plus de notre avenir. Si une nouvelle crise survenait, nous n’aurions plus de marges de manœuvre. Si les taux d’intérêts augmentaient d’un point – ils augmenteront un jour – c’est l’équivalent du budget de l’Enseignement supérieur qui partirait en fumée.

Pourtant, nous continuons à dépenser plus que nos recettes. Je n’aime pas raisonner en pourcentage du PIB, 2,8-3,2, nous avons anesthésié nos compatriotes à force de parler comme des comptables. Mais la vérité, c’est que quand nos voisins Allemands prélèvent 100 euros en impôts et en dépensent 98, nous en prélevons 117 et en dépensons 125. Qui peut penser que cette situation est durable ?

Mesdames et Messieurs, sous le regard inquiet des Français, nous dansons sur un volcan qui gronde de plus en plus fort. Certains continuent pourtant à nier l’évidence. « Combien de fois un homme peut-il tourner la tête en prétendant qu’il ne voit pas ? » Aurait demandé le Prix Nobel de Littérature de l’année 2017.

Il y a une addiction française à la dépense publique. Comme toute addiction, elle ne règle rien du problème qu’elle est censée soulager. Comme toute addiction, elle nécessitera de la volonté et du courage pour s’en désintoxiquer.
Mesdames et Messieurs les Députés, les Français ne croient pas aux solutions simplistes. Qu’il s’agisse de la sortie de l’euro ou de l’annulation de la dette. Ils voient bien que tous nos partenaires européens ont fait l’effort de réduire leurs dépenses après la crise financière. Tous sauf nous. Ils savent qu’il est indigne de demander à leurs enfants de rembourser demain ce qu’eux-mêmes ne peuvent pas se payer aujourd’hui.

Mon objectif est de ramener le déficit sous la barre des 3 % dès 2017 et de conduire notre stratégie de finances publiques autour de trois règles simples : faire baisser la pression fiscale d’un point de PIB sur cinq ans, faire baisser la dépense publique de 3 points de PIB sur la même période, agir en donnant de la visibilité aux acteurs.

Je veux d’abord rassurer nos concitoyens : les contribuables ne seront pas la variable d’ajustement du budget. Au contraire. Au contraire. Au contraire, les prélèvements obligatoires baisseront de 20 milliards d’euros d’ici 2022. La France ne peut demeurer à la fois la championne de la dépense publique et la championne des impôts.

S’agissant de la dépense publique, l’objectif du Gouvernement est ambitieux, c’est de faire en sorte qu’elle soit stable, hors inflation en 2018 par rapport à 2017. Stable : on ne dépensera pas plus en 18 qu’en 17. Tous les autres Etats l’ont fait. Depuis longtemps. Tous les autres Etats l’ont fait depuis longtemps, voire ont baissé leurs dépenses. Mais cela n’a été fait qu’une seule fois en France, et encore, il s’agissait de supprimer les mécanismes conjoncturels de soutien qui avaient été institués pendant la crise.

Disons la vérité aux Français : pour atteindre ces objectifs sur la dépense publique, il va falloir agir sur trois leviers. D’abord, stopper l’inflation de la masse salariale du secteur public qui représente le quart de nos dépenses publiques. Ensuite, si nous voulons financer nos priorités et ne pas continuer à paupériser l’Etat, nous devrons choisir et remettre en cause certaines missions, faire bien ce que nous devons faire, arrêter de faire ce que d’autres font mieux que nous. Aucun ministère, aucun opérateur, aucune niche fiscale ne sera sanctuarisé. Partout, nous chasserons la dépense inefficace et le saupoudrage de crédits.

Enfin, repenser les politiques publiques qui pèsent sur nos actifs, sans suffisamment de résultats. Nous dépensons deux fois plus que nos voisins Européens dans l’aide au logement et les Français éprouvent toujours autant de difficultés à se loger. Cet écart entre le niveau de dépenses et la faiblesse des résultats, les Français le constatent également dans la politique de l’emploi et de la formation professionnelle.

Mesdames et Messieurs, la France est dans les cordes et aucune esquive ne nous sauvera. J’ai conscience d’appeler à l’effort et au courage. Pour être entendu, il faudra agir de manière juste, transparente et dans la durée, en donnant de la visibilité aux gestionnaires publics et aux Français.

Dès cette semaine, le ministre de l’Action et des Comptes publics réunira l’ensemble des administrations publiques, pour dessiner une trajectoire et une méthode globale de redressement financier. La Conférence des territoires permettra, pour sa part, d’approfondir la concertation avec les collectivités territoriales.

Dès la rentrée, le Gouvernement présentera à la fois le budget 2018 et une loi de programmation des finances publiques qui portera sur la durée complète du quinquennat.

Cette trajectoire devra remettre la Sécurité sociale à l’équilibre à l’horizon 2020. Nous devrons, d’ici là, définir de nouvelles règles permettant de proscrire dans la durée le déficit de nos comptes sociaux.
Enfin, nous devrons préserver les équilibres de notre système de retraite, tout en le rendant plus juste et plus lisible. Les nouvelles prévisions du Conseil d’orientation des retraites nous y invitent avec insistance, puisqu’elles indiquent que le retour à l’équilibre, un temps prévu pour 2025, ne pourrait finalement intervenir qu’en 2040.

Pour atteindre ces objectifs, nous devons engager une véritable transformation de l’Etat et de nos services publics.

Elle sera progressivement déclinée par ministère, en plusieurs vagues, d’ici le printemps 2018, en associant les usagers, les agents et, évidemment, les Parlementaires.

Nous mettrons évidemment le paquet sur la transformation numérique. Fixons-nous un objectif simple : avoir des services publics numériques de même qualité que ceux du secteur marchand. Pour ce faire, nous mettrons en place une plateforme numérique et demanderons à chaque administration d’y loger ses applications. Un « compte citoyen en ligne » sera le nouveau lien entre les Français et leurs administrations. Certains diront que c’est trop compliqué, trop ambitieux. J’étais, avec un certain nombre de membres du Gouvernement, en Estonie la semaine dernière, eux l’ont fait. Il ne me parait pas qu’il soit beaucoup plus agiles ou que nous soyons beaucoup moins adroits.

Cette transformation de l’action passera aussi par une confiance accrue accordée aux fonctionnaires et une modernisation de leur cadre d’action. Je veux leur dire ma fierté de les diriger, mon respect et ma reconnaissance.

Restaurer la confiance, prendre courageusement les décisions que la situation impose, tout cela est nécessaire pour retrouver l’esprit de conquête auquel nous appelle le Président de la République.

La France, Mesdames et Messieurs les Députés, la France doit être à nouveau conquérante.

Dans le domaine économique d’abord. Depuis trop d’années, nous nous résignons à ce que la France tourne au ralenti. Nous nous résignons au chômage de masse. Notre économie ne produit pas assez de revenus, elle ne crée pas assez d’emplois, elle ne donne pas assez de chances à nos enfants.

Au cours des années 2000, nous étions le premier pays d’accueil des investissements étrangers en Europe continentale. Depuis 2010, nous sommes derrière l’Allemagne. En termes d’exportations, nous sommes le seul des grands pays de la Zone Euro à avoir une balance du commerce extérieur déficitaire en 2016, alors qu’elle était bénéficiaire jusqu’au début des années 2000.

Surtout, l’économie française croît désormais structurellement moins vite que la moyenne de la Zone Euro. Cela n’est pas acceptable. Avec les réformes que nous vous proposons, nous voulons redevenir les premiers, en termes d’attractivité, de croissance et de créations d’emplois.

Une économie attractive, c’est une économie où les charges ne viennent pas freiner le dynamisme de ceux qui créent de la richesse. Les entreprises doivent retrouver l’envie de s’installer et de se développer sur notre sol plutôt qu’ailleurs. J’annoncerai dans les tous prochains jours, avec la maire de Paris et la présidente de la région Ile-de-France, des mesures fortes pour améliorer l’attractivité de la place de Paris.

Pour favoriser l’embauche, nous baisserons le coût des charges qui pèsent sur le travail, en particulier pour les salaires proches du SMIC. Le CICE sera transformé en un allègement de charges qui seront nulles au niveau du SMIC.

La réforme entrera en vigueur au 1er janvier 2019.

Le taux de l’impôt sur les sociétés sera réduit par étapes de 33,3 % aujourd’hui à 25 % d’ici 2022. Il convergera ainsi vers la moyenne européenne. La loi de finances pour 2018 précisera sa trajectoire de baisse justement pour donner de la visibilité aux entreprises.

Nous voulons aussi alléger les contraintes qui pèsent sur nos entrepreneurs, en particulier sur les indépendants et les TPE-PME. Des mesures de simplification réglementaire seront prises et nous engagerons en 2018 la suppression du régime social des indépendants que nous adosserons au régime général.

Une économie conquérante, c’est également une économie qui investit dans l’avenir. Il faut donc réorienter l’épargne des Français vers l’investissement productif. L’impôt de solidarité sur la fortune sera resserré autour du seul patrimoine immobilier, afin d’encourager l’investissement dans la croissance des entreprises. La réforme sera votée dès cette année, dans la loi de finances pour 2018 et entrera en vigueur en 2019.

La réforme de la fiscalité du patrimoine sera complétée par la mise en place d’un taux de prélèvement unique d’environ 30 % sur les revenus de l’épargne. C’est simple, efficace et compétitif. La France se rapprochera ainsi de la moyenne européenne.

Au final, Mesdames et Messieurs les Députés, vous le voyez, l’ensemble de ces mesures fiscales sera voté dès cette année et engagé dans les deux années qui viennent.

Une fiscalité au service de l’activité, c’est important, mais investir dans les secteurs d’avenir, c’est encore plus décisif. C’est pourquoi nous lancerons un grand plan d’investissement de 50 milliards d’euros dans les domaines de la transition écologique, du développement, des compétences, de la santé, des transports, de l’agriculture et de la modernisation de l’Etat.

J’ai missionné Monsieur PISANI-FERRY pour le concevoir et prévoir et préparer son déploiement. Une partie de cet investissement viendra financer des réformes structurelles de notre économie et de la sphère publique. On économise durablement d’un côté, on investit dans l’avenir de l’autre. Investir dans l’avenir, c’est aussi soutenir notre industrie.

Je n’ai jamais été impressionné par ceux qui rêvaient d’une industrie sans usines et jamais convaincu par ceux qui envisageaient une France sans industrie mais la réalité est sombre. Derrière les succès réels de certains, la désindustrialisation de notre tissu productif s’accélère. Pour redresser la tête et redevenir conquérants, nous devons nous renforcer.

Certaines de nos filières, comme l’aéronautique, sont déjà remarquablement intégrées à la pointe de la technologie mais nous avons beaucoup d’entreprises industrielles, souvent de trop petite taille, souvent trop isolées des groupes qui leur permettraient de s’épanouir. Nous devons donc tisser un réseau industriel puissant de PME et d’ETI et accompagner son développement à l’export.

Il nous reviendra aussi de tirer le plus grand parti possible des opportunités ouvertes par la révolution numérique qui doit être une chance pour tous : pour les entrepreneurs qui créent des start-up, bien sûr, mais aussi pour les TPE-PME, pour ceux qui sont nés avec la révolution digitale comme pour ceux qui en sont éloignés.

La révolution de l’intelligence artificielle est devant nous, elle est en vérité déjà là et elle nous touchera tous, dans tous les domaines de la production. Ceux qui font mine de l’ignorer seront les premiers saisis par sa puissance. Nous devons nous y préparer pour faire une chance disruptive et non la subir comme une fatalité destructive.

Le secrétaire d’Etat au Numérique me proposera dans les trois mois une méthode permettant d’associer les meilleurs spécialistes de ce domaine à la définition d’une stratégie nationale pour l’intelligence artificielle.
Renouer avec l’esprit de conquête, c’est aussi embrasser avec enthousiasme l’incroyable défi que posent les grandes transitions du monde, au premier rang desquelles la transition écologique. Ceux qui, par égoïsme ou inconscience, tournent le dos à l’Accord de Paris sur le climat manifestent plus qu’une simple incompréhension du monde, ils montrent qu’au fond, ils ont peur du futur.

L’autruche est sans doute un animal sympathique, Mesdames et Messieurs les Députés, mais mettre sa tête dans le sable n’a jamais préparé personne à affronter l’avenir. Il nous revient donc de préparer notre pays et notre planète à cette nouvelle ère, de ne pas la subir mais de la façonner. Tout a été écrit sur le sujet, depuis les remarquables livres de Jared DIAMOND jusqu’au témoignage saisissant de ceux qui parcourent inlassablement la planète pour éveiller les consciences.

Notre rapport aux ressources doit être profondément modifié. Notre cap sera simple à formuler mais ambitieux et exigeant. Nous voulons arriver à la neutralité carbone d’ici 2050. C’est pourquoi nous n’attribuerons plus de nouveau permis d’exploration d’hydrocarbures. La convergence diesel-essence sera atteinte avant la fin de la mandature. La montée en puissance de la fiscalité carbone sera accélérée et nous diviserons par deux les déchets mis en décharge et recyclerons 100 % des plastiques sur tout le territoire d’ici 2025.

Nous partirons du principe simple qu’il est toujours préférable de taxer la pollution plutôt que le travail et qu’avant de sanctionner et d’interdire, il vaut mieux encourager et adapter.

Le temps des très grandes infrastructures de transport doit céder la place à des politiques tournées vers de nouveaux modes de mobilité qui associent les nouvelles technologies, le secteur public comme le secteur privé, les micro-entreprises comme les champions nationaux. Les Assises de la mobilité associeront dès la rentrée les usagers, les opérateurs, les collectivités, les ONG pour orienter les investissements en faveur des déplacements quotidiens, plus sûrs, qui désenclavent les territoires.

La loi d’orientation sur la mobilité préparera également l’ouverture à la concurrence que nous ne devons pas redouter ni en France ni à l’étranger. Nos opérateurs nationaux de transport sont déjà des champions à l’international.
Autre domaine où une transition profonde s’impose, le logement. Pour construire de nouveaux logements, une loi à l’automne simplifiera les procédures, en particulier dans les bassins d’emplois les plus dynamiques. Les procédures de permis de construire seront accélérées, les recours abusifs sanctionnés. Au besoin et notamment dans les zones tendues, les autorisations d’urbanisme seront transférées des communes aux intercommunalités pour que les décisions de construire soient prises à l’échelle des bassins de vie.

Dans les 10 ans, nous nous fixons aussi pour objectif de supprimer les passoires thermiques, principales sources de gaspillage énergétique, qui grèvent les budgets des ménages les plus modestes.

Etre conquérant face aux transformations du monde, voilà bien enfin un principe qui s’applique à l’agriculture. La France a longtemps été son agriculture. Par la puissance de sa production, par la marque sur notre géographie, par l’importance qu’elle occupe dans notre imaginaire et dans notre vie, l’agriculture française a fait bien plus que nourrir – et très bien nourrir – les Français. Elle est aujourd’hui confrontée à de multiples transformations : la pression sur le foncier agricole, la répartition insatisfaisante de la valeur entre producteurs et distributeurs, la concurrence étrangère, la multiplication des normes, la nécessité de préserver l’environnement, la demande croissante de consommateurs pour des productions nouvelles et de qualité.

Les agriculteurs français n’ont pas peur de s’adapter. Ils veulent vivre de leur travail, de leur terre et de leurs compétences. Les Etats généraux de l’alimentation reverront le partage de la valeur dans le modèle agricole : il n’est pas admissible que des agriculteurs ne puissent pas se verser un revenu décent et vivent sous le seuil de pauvreté. Ce n’est pas admissible mais c’est courant. Ce doit aussi être notre combat pour la Politique agricole commune de demain.

Ces Etats généraux devront conforter notre confiance en une alimentation plus saine, penser et construire nos modèles futurs, notamment en examinant sans faux-semblants la question des pesticides ou des perturbateurs endocriniens.

Enfin vous permettrez à l’ancien maire du Havre que je suis de rappeler que la France conquérante, celle que voulait François Ier au début de la Renaissance française, était tournée vers la mer. La France conquérante, ce doit être une France qui prend appui sur sa puissance maritime pour créer de nouveaux emplois, notamment dans les filières des énergies marines, et pour capter toujours plus de marchandises grâce à ses grands ports.

Une France conquérante, c’est enfin une France écoutée, respectée et désirée. Je l’ai dit il y a quelques semaines, la France est de retour et singulièrement en Europe. Nous le devons au président de la République, et nous le devons aux Français qui ont adressé deux messages lors des élections : ils sont attachés à la construction européenne et à l’euro, ils veulent une Europe plus concrète, moins tatillonne et plus protectrice.

L’agenda européen de ce gouvernement tient en trois idées. D’abord, tout faire pour réconcilier les Français avec l’Union européenne. Ensuite, œuvrer pour une Europe qui protège, une Europe qui pourra s’appuyer sur une zone euro mieux gouvernée, qui saura faire progresser sa politique de défense, la convergence sociale et notamment la réglementation des travailleurs détachés, une politique commerciale de réciprocité, sans naïveté. Enfin préparer les trois négociations cruciales pour l’avenir de l’Union : la redéfinition de notre projet à 27 avec l’Allemagne et avec ceux de nos partenaires qui voudront aller de l’avant, la conduite d’une négociation ordonnée de sortie du Royaume-Uni comme préalable au cadre de la relation future, les perspectives financières pour l’avenir des politiques de l’Union après 2020.

Enfin le Président de la République a rappelé hier que nous ne concevons pas le redressement de notre pays sans une politique internationale qui rende à la France son statut de puissance d’influence mondiale.

L’esprit de conquête, c’est aussi être capable d’attirer à nous l’intelligence de demain en accueillant toujours plus d’étudiants du monde entier pour enrichir et diffuser nos techniques, notre langue, notre identité ; c’est attirer toujours plus de richesses grâce à notre offre touristique qui constitue un atout économique majeur ; c’est montrer au monde qui nous sommes en organisant les grands événements pendant lesquels la planète nous regardera : la candidature de Paris aux Jeux Olympiques 2024 a mobilisé la France entière autour du sport et de ses valeurs, l’accueil de ces JO offrira, je l’espère, une chance unique de renforcer la place de Paris et la place de la France au premier rang mondial.

Soyons conquérants ! L’évolution du monde donne toutes ses chances à la France parce que ce nouveau monde a besoin de science et de raison, d’ordre et de loi, de technologies et de culture, de dialogue et de solidarité et que la France, c’est tout cela !

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés,

Je ne crois pas à l’omnipotence du politique mais je ne crois certainement pas à son impuissance. Je vous l’ai dit au début de mon propos, et votre Assemblée en est la preuve par sa composition, les bonnes politiques publiques permettent de changer la vie des Français. C’est long, c’est lent, c’est difficile, mais pour reprendre les mots de Simone VEIL, j’ai confiance dans notre capacité à progresser.

Je sais ce que peut la volonté politique quand elle a le soutien de la représentation nationale et de la majorité du peuple français.

J’ai cette volonté, l’ensemble de l’équipe gouvernementale la partage. Elle travaille avec une méthode, celle de l’efficacité, du dialogue et de la collégialité. Cette méthode de travail, le gouvernement la propose aux législateurs que vous êtes en y ajoutant le respect et l’exigence de vérité. J’ai siégé sur ces bancs, je l’ai dit, et je suis trop attaché au rôle et aux prérogatives du Parlement pour qu’il en aille autrement.

Œuvrons ensemble pour qu’à la fin de ce quinquennat, la France ait atteint le cap fixé par le président de la République et que la France ne regrette pas d’avoir choisi l’optimisme et la confiance.

Travaillons pour que le chômage reflue, que les territoires ruraux continuent à vivre, que les quartiers libèrent leurs énergies, notamment grâce au dispositif des emplois francs, que les expatriés reviennent, que les entrepreneurs innovent, investissent et créent des emplois. Travaillons pour que le mérite soit récompensé. Travaillons pour que nos compatriotes vivent mieux.

Aucun des défis de la modernité ne doit nous effrayer. L’espoir qui s’est levé fonde notre responsabilité. C’est à cet espoir, Mesdames et Messieurs les Députés, que je vous demande d’accorder votre confiance et c’est la raison pour laquelle, Monsieur le Président, conformément aux dispositions de l’article 49-1 de notre Constitution, j’ai l’honneur d’engager la responsabilité du gouvernement sur la déclaration présente de politique générale

lundi 3 juillet 2017

TEXTE - Le discours d'Emmanuel Macron au Congrès de Versailles


Voici le texte du discours du président de la République, Emmanuel MACRON, tel que l'Elysée l'a fourni, bien que le Président ait pu s'en écarter à quelques moments en modifiant sa formulation ou en ajourant de brefs passages. (Voir la version VIDEO).

En son article 18, la Constitution permet au Président de la République de prendre la parole devant le Parlement réuni à cet effet en congrès. Il est des heures qui, de cette possibilité, font une nécessité. Les heures que nous vivons sont de celles-là. Le 7 mai dernier, les Français m’ont confié un mandat clair. Le 18 juin, ils en ont amplifié la force en élisant à l’Assemblée nationale une large majorité parlementaire. Je veux aujourd’hui vous parler du mandat que le peuple nous a donné, des institutions que je veux changer et des principes d’actions que j’entends suivre.

I. Ce sont mille chemins différents qui nous ont conduits ici aujourd’hui, vous et moi, animés par le même désir de servir. Et même si ce désir n’a pas le même visage, pas la même forme, même s’il n’emporte pas les mêmes conséquences, nous en connaissons vous et moi la source : le simple amour de la patrie. Certains font de la politique depuis longtemps ; pour d’autres, au nombre desquels je me range, c’est loin d’être le cas. Vous soutiendrez ou vous combattrez, selon vos convictions, le gouvernement que j’ai nommé. Mais à la fin nous savons tous que quelque chose de très profond nous réunit, nous anime et nous engage. Oui, le simple amour de la patrie - que celle-ci s’incarne dans la solitude des collines de Haute Provence ou des Ardennes, dans la tristesse des grands ensembles où une partie de notre jeunesse s’abîme, dans la campagne parfois dure à vivre et à travailler, dans les déserts industriels, mais aussi dans la gaieté surprenante des commencements. De cet amour nous tirons tous, je crois, la même impatience, qui est une impatience d’agir. Elle prend parfois les traits de l’optimisme volontaire, d’autres fois ceux d’une colère sincère. Toujours elle découle de cette même origine. Nous avons, vous et moi, reçu le mandat du peuple. Qu’il nous ait été donné par la nation entière ou par les électeurs d’une circonscription, ne change rien à sa force. Qu’il ait été porté par le suffrage direct ou par le suffrage indirect ne change rien à sa nature. Qu’il ait été obtenu voici un certain temps déjà, ou bien récemment à l’issue d’une campagne où toutes les opinions ont pu s’exprimer dans leur diversité, et que vous incarniez ces opinions différentes, ne change rien à l’obligation collective qui pèse sur nous. Cette obligation est celle d’une transformation résolue et profonde, tranchant avec les années immobiles ou avec les années agitées – toutes au résultat également décevant. C’est par cette voie que nous retrouverons ce qui nous a tant manqué, la confiance en nous, la  force nécessaire pour accomplir nos idéaux. Ce qui nous est demandé par le peuple français, c’est de renouer avec l’esprit de conquête qui l’a fait, pour enfin le réconcilier avec lui-même. En vous élisant, dans votre nouveauté radicale, à l’Assemblée nationale, le peuple français a montré son impatience à l’égard de ce monde politique fait de querelles stériles et d’ambitions creuses où nous avions vécu jusqu’alors. C’est à une manière de voir la politique qu’il a donné congé. En accordant leur confiance à des femmes et des hommes nouveaux, les Français ont exprimé une impérieuse attente, la volonté d’une alternance profonde. Je suis sûr que vous en êtes tous aussi conscients que moi. Et je sais bien, aussi, que les sénateurs en ont une pleine conscience, bien que leur élection soit plus ancienne, parce qu’ils ont perçu, eux si attentifs par nature aux mouvements du temps, les espoirs nouveaux que l’expression du suffrage universel direct a fait naître. Etre fidèle à ce que le peuple français a voulu suppose donc une certaine forme d’ascèse, une exigence renforcée, une dignité particulière. Les mauvaises habitudes reviennent vite. Marqués par une époque de cynisme, de découragement, et j’ose le dire de platitude, nombreux encore sont ceux qui spéculent sur un échec qui justifierait leur scepticisme. Il vous appartiendra, il nous appartiendra de les démentir. Et il nous appartiendra aussi de convaincre tous ceux qui attendent, qui nous font confiance du bout des lèvres, tous ceux qui n’ont pas voté. Tous ceux aussi que la colère et le dégoût devant l’inefficacité de leurs dirigeants politiques ont conduit vers des choix extrêmes, d’un bord ou de l’autre de l’échiquier politique, et qui sont des choix dont la France, dans sa grandeur comme dans son bonheur, n’a rien à attendre. Ce mandat du peuple que nous avons reçu, quel est-il exactement ? Pour le savoir, il faut sortir de ce climat de faux procès où le débat public nous a enfermés trop longtemps. Il nous faut retrouver de l’air, de la sérénité, de l’allant. Il y faut un effort parce que ces faux procès sont nombreux. S’agit-il de réformer le droit du travail, pour libérer, dynamiser l’emploi au bénéfice d’abord de ceux qui n’en ont pas ?On nous dira qu’il s’agit d’adapter la France aux cruautés de l’univers mondialisé ou de satisfaire au diktat de Bruxelles. S’agit-il de réduire nos dépenses publiques pour éviter à nos enfants de payer le prix de nos renoncements ? On nous dira que nous remettons en cause notre modèle social. S’agit-il de sortir de l’état d’urgence ? On nous dira d’un côté que nous laissons la France sans défense face au terrorisme, et de l’autre que nous bradons nos libertés. Eh bien, rien de tout
cela n’est vrai. Derrière tous ces faux procès, on trouve le même vice, le vice qui empoisonne depuis trop longtemps notre débat public : le déni de réalité, le refus de voir le réel en face. L’aveuglement face à un état d’urgence qui est autant économique et social que sécuritaire. Là-dessus, j’ai toujours considéré que le peuple français est plus sage et plus avisé que beaucoup ne le croient. Si bien que je pense profondément que le mandat que nous avons reçu du peuple est un mandat à la fois exigeant et profondément réaliste, et que pour l’accomplir nous devons nous placer au-delà de la stérilité de ces oppositions purement théoriques et qui, si elles garantissent de beaux succès de tribune, n’apportent rien. Notre premier devoir est tout à la fois de retrouver le sens et la force d’un projet ambitieux de transformation de notre pays et de rester arrimés au réel. De ne rien céder au principe de plaisir, aux mots faciles, aux illusions pour regarder en face la réalité de notre pays sous toutes ses formes. Ce mandat du peuple, donc, quel est-il ?

A. C’est d’abord le mandat de la souveraineté de la nation. C’est de pouvoir disposer de soi-même, malgré les contraintes et les dérèglements du monde. Voyons la réalité en face.Les forces de l’aliénation sont extrêmement puissantes. Aliénation à la nouvelle division du travail qui s’esquisse dans un univers en transformation profonde, où le numérique recompose des secteurs entiers de l’économie, bouscule des équilibres et des emplois. Aliénation à la misère, à la pauvreté, ou même seulement à l’insatisfaction, si nous ne permettons pas à chacun de trouver un travail qui lui corresponde, qu’il soit heureux d’accomplir, une place et une dignité qui soit la sienne dans la société. Aliénation à la  contrainte financière, si nous ne rétablissons pas notre budget, si nous ne réduisons pas notre dette publique. Aliénation à la volonté d’autres pays, dans l’Europe comme au sein de nos alliances, si nous ne remettons pas nos affaires en ordre. Aliénation à la terreur islamiste, si nous ne trouvons pas le moyen de la détruire sans rien lui céder de nos valeurs, de nos principes. Aliénation de notre avenir, si nous ne parvenons pas à organiser la transition écologique, à protéger la planète. Aliénation de notre vie dans ce qu’elle a de plus quotidien, si les aliments que nous mangeons, l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, nous sont imposés, et pour le pire, par les seules forces d’une compétition internationale devenue anarchique. Je crois fermement que sur tous ces points, le peuple nous a donné le mandat de lui rendre sa pleine souveraineté.


B. Mais c’est aussi le mandat du projet progressiste, d’un projet de changement et de transformation profonds. Nos concitoyens ont fait le choix d’un pays qui se remette en marche. Ils l’ont fait parce qu’ils savent bien, parce que nous savons bien, que, dans un monde bouleversé par des changements profonds, sans ce mouvement, sans cette énergie créatrice la France n’est pas la France. Ils savent, parce que cela a été notre expérience commune de ces dernières années, qu’une France arrêtée s’affaisse, se divise, qu’une France apeurée, recroquevillée et victime, s’épuise en querelles stériles et ne produit que du malheur, malheur individuel et malheur collectif. Elle est là, notre mission historique. Cette mission, la mienne, celle du Gouvernement et la vôtre, n’est pas dévolue à un petit nombre. Elle est dévolue à tous, chacun pour sa part. La France possède des trésors de créativité et des ressources inépuisables. En disant cela je ne pense pas seulement à nos médailles Fields, à nos prix Nobel, aux grands artistes, aux grands chercheurs, aux créateurs d’entreprises, aux grands serviteurs de l’Etat, civils et militaires. Je pense à chaque Française, à chaque Français, soucieux de bien faire et de mener une vie digne de lui. Elle est là, la vraie richesse d’un pays et le mandat qui nous est donné, c’est de créer de l’unité où il y avait de la division. De redonner à ceux qui sont exclus  la simple dignité de l’existence, leur juste place dans le projet national. De permettre à ceux qui créent, inventent, innovent, entreprennent, de réaliser leurs projets. De rendre le pouvoir à ceux qui veulent faire et font. Le mandat du peuple, ce n’est pas d’instaurer le gouvernement d’une élite pour elle-même, c’est de rendre au peuple cette dignité collective qui ne s’accommode d’aucune exclusion. Seulement voilà: jusqu’ici, nous avons fait fausse route. Nous avons préféré les procédures aux résultats, le règlement à l’initiative, la société de la rente à la société de la justice. Et je crois profondément que par ses choix récents notre peuple nous demande d’emprunter une voie radicalement nouvelle. Je refuse de choisir entre l’ambition et l’esprit de justice. Je refuse ce dogme que pour bâtir l’égalité il faudrait renoncer à l’excellence, pas plus que pour réussir, il ne faut renoncer à donner une place à chacun. Le sel même de notre République est de savoir conjuguer ces exigences. De faire tout cela, en quelque sorte, "en même temps". Cette voie désoriente tous ceux qui s’étaient habitués à faire carrière sur les schémas anciens. Il en est ainsi à chaque période de renouveau et nous n’avons pas à nous en inquiéter. Mais nous avons à prendre la mesure des efforts que va nous imposer cette formidable soif de renouvellement dont nous sommes, vous et moi, les porteurs.


C. Le mandat du peuple, c’est aussi le mandat de la confiance et de la transparence. Nous sommes un vieux peuple politique. La politique est importante pour nous. Et c’est parce qu’elle l’est que les Français avaient fini par s’exaspérer de voir l’espérance confisquée par des professionnels. Vous êtes aujourd’hui, ici, l’expression de ce désir de changement qu’il nous est interdit de trahir. Et ce changement doit aussi porter sur les comportements. Il ne peut y avoir de réforme sans confiance. Il ne peut y avoir de confiance si le monde politique continue d’apparaître comme le monde des petits arrangements, à mille lieues des préoccupations des Français. La loi que le gouvernement proposera à vos suffrages n’a pas d’autre but. Nous avons déjà changé depuis plusieurs années et nous avons changé en bien. Nous avons cessé de supporter ce qui semblait presque normal autrefois, l’opacité, le clientélisme, les conflits d’intérêt, tout ce qui relève de la corruption ordinaire, presque impalpable. Pour autant, nul n’est irréprochable. Car si l’exigence doit être constante, si nous sommes tous dépositaires de la dignité qui sied à nos fonctions et chaque jour nous oblige, la perfection n’existe pas. Oui, nous voulons une société de la confiance. Pour cela une loi ne suffit pas. C’est un comportement de chaque jour. Mais nous voulons aussi cette confiance parce que la société de la délation et du soupçon généralisés, qui était jusque-là la conséquence de l’impunité de quelques puissants, ne nous plaît pas davantage. La loi du gouvernement sera votée, je n’en doute pas. Mais après qu’elle l’aura été, j’appelle à la retenue, à en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol permanent de la présomption d’innocence, avec cette chasse à l’homme où parfois les réputations sont détruites, et où la reconnaissance de l’innocence, des mois, des années plus tard, ne fait pas le dixième du bruit qu’avait fait la mise en accusation initiale. Cette frénésie est indigne de nous et des principes de la République.


D. Le mandat du peuple, c’est enfin le mandat de la fidélité historique. Les Français demandent à leur gouvernement de rester fidèle à l’histoire de la France. Encore faut-il s’entendre sur le sens que l’on donne à ces mots. Ces dernières années,l’histoire a été prise en otage par le débat politique. Nous avons vu fleurir l'histoire pro-coloniale et celle de la repentance, l’histoire identitaire et l’histoire multiculturelle, l’histoire fermée et l’histoire ouverte. Il n’appartient pas aux pouvoirs, exécutif ou législatif, de décréter le roman national, que l’on veuille lui donner une forme"réactionnaire" ou une forme "progressiste". Cela ne signifie pas que l’histoire de France n’existe pas. Qu’il ne faut pas en être fier tout en regardant lucidement ses coins d’ombres et ses bassesses. Mais pour nous, elle doit prendre la forme, non d’un commentaire, mais d’une action résolue en faveur du meilleur. Parce que c’est dans cette action que nous pouvons retrouver les grands exemples du passé, nous en nourrir et les prolonger. Et à la fin, nous aussi, nous aussi nous aurons fait l’histoire, sans nous être réclamés abusivement de ce qu’elle pourrait être, mais en gardant nos esprits et nos volontés tendus vers le meilleur. C’est ce que nous appelons le progressisme. Ce n’est pas de penser que toute nouveauté est forcément bonne. Ce n’est pas d’épouser toutes les modes du temps. C’est, à chaque moment, pas après pas, de discerner ce qui doit être amendé, corrigé, rectifié, ce qui doit être à certains endroits plus profondément refondé, ce qui manque à la société pour devenir plus juste et plus efficace, ou, plus exactement, plus efficace parce que plus juste, plus juste parce que plus efficace. C’est une éthique de l’action et de la responsabilité partagée. C’est la fidélité à notre histoire et à notre projet républicain en acte. Car la République, ce n’est pas des lois figées, des principes abstraits.C’est un idéal de liberté, d’égalité, de fraternité, chaque jour resculpté etre pensé à l’épreuve du réel. L’action politique n’a de sens que si elle est accomplie au nom d’une certaine idée de l’homme, de son destin, de sa valeur indépassable et de sa grandeur. Cette idée, la France la porte depuis longtemps. Rien d’autre ne doit compter à nos yeux. Ce n’est pas la société des entrepreneurs que nous voulons, ou la société de l’équilibre des finances publiques, ou la société de l’innovation. Tout cela est bien, tout cela est utile. Mais ce ne sont que des instruments au service de la seule cause qui vaille, une cause à laquelle le nom de la France est attaché depuis bien longtemps. Et cette cause est la cause de l’homme. Nous différons entre nous, et ici même, sur les moyens. Mais je suis sûr que nous ne différons pas sur ce but, et le savoir, et nous le rappeler sans cesse, devrait rendre à notre débat public cette dignité et cette grandeur, qui sur fond de tant d’abandons et d’échecs collectifs, lui ont cruellement manqué ces dernières années. C’est à l’aune de ce mandat du peuple que nous avons à construire notre politique pour les cinq ans qui viennent. Vous l’aurez compris, vous le savez déjà, intimement, nous n’avons pas devant nous cinq ans d’ajustements et de demi-mesures. Les Français ne sont pas animés par une curiosité patiente, mais par une exigence intransigeante. C’est la transformation profonde qu’ils attendent. Qu’ils espèrent. Qu’ils exigent. Ne la redoutons pas. Embrassons-la au contraire. La charte de notre action a été fixée durant la campagne et vous en connaissez les jalons, sur lesquels je ne reviendrai pas. Les engagements seront tenus. Les réformes et ces transformations profondes auxquelles je me suis engagé seront conduites. Le Premier ministre, Edouard Philippe, que j’ai nommé afin qu’il en soit le dépositaire à la tête du gouvernement, en présentera la mise en œuvre dans son discours de politique générale.

II. Tout cela ne sera possible que si nous avons une République forte. Il n’est pas de République forte sans institutions puissantes. Nées de temps troublés, nos institutions sont résistantes aux crises et aux turbulences. Elles ont démontré leur solidité. Mais comme toutes les institutions, elles sont aussi ce que les hommes en font. Depuis plusieurs décennies maintenant, l’esprit qui les a fait naître s’est abîmé au gré des renoncements et des mauvaises habitudes. Entant que garant du bon fonctionnement des pouvoirs publics, j’agirai en suivant trois principes : l’efficacité, la représentativité, et la responsabilité.

A. Il faut du temps pour penser la loi. Du temps pour la concevoir, la discuter et la voter. Du temps aussi pour s’assurer des bonnes conditions de son application. Souhaiter que nos institutions soient plus efficaces, ce n’est donc pas sacrifier au culte de la vitesse, c’est rendre la priorité au résultat. Sachons mettre un terme à la prolifération législative. Elle affaiblit la loi, qui perd dans l’accumulation des textes une part de sa vigueur et, certainement, de son sens. Telles circonstances, tel imprévu, telle nouveauté ne sauraient dicter le travail du législateur. Car la loi n’est pas faite pour accompagner servilement les petits pas de la vie de notre pays. Elle est faite pour en encadrer les tendances profondes, les évolutions importantes, les débats essentiels, et pour donner un cap. Elle accompagne de manière évidente les débuts d’un mandat, mais légiférer moins, c’est consacrer plus d’attention aux textes fondamentaux, à ces lois venant répondre à un vide juridique, venant éclairer une situation inédite. C’est cela, le rôle du Parlement. Légiférer moins, c’est mieux allouer le temps parlementaire. C’est, en particulier, réserver de ce temps au contrôle et à l’évaluation. Voter la loi ne saurait être le premier et le dernier geste du Parlement. Nos sociétés sont devenues trop complexes et trop rapides pour qu’un texte de loi produise ses pleins effets sans se heurter au principe de réalité. La voix des citoyens concernés par les textes que vous votez ne saurait être perçue comme attentatoire à la dignité législative. Elle est la vie, elle est le réel. Elle est ce pour quoi vous œuvrez. Bien s’assurer de la pertinence d’une loi et de ses effets dans le temps pour la corriger ou y revenir est aujourd’hui devenu une ardente obligation. Pour toutes ces raisons, je souhaite qu’une évaluation complète de tous les textes importants, comme aujourd’hui celles sur le dialogue social ou encore sur la lutte contre le terrorisme dont nous avons récemment jeté les bases, soit menée dans les deux ans suivant leur mise en application. Il est même souhaitable qu’on évalue l’utilité des lois plus anciennes afin d’ouvrir la possibilité d’abroger les lois qui auraient parle passé été trop vite adoptées, mal construites, ou dont l’existence aujourd’hui représenterait un frein à la bonne marche de la société française. Enfin, le rythme de conception des lois doit savoir répondre aux besoins de la société. Il est des situations d’urgence que le rythme propre au travail parlementaire ne permet pas de traiter suffisamment vite. Songez à l’encadrement des pratiques issues du numérique en matière de protection des droits d’auteurs, de la vie privée de nos concitoyens ou de la sécurité nationale. Il faut qu’au temps long du travail législatif soit ajoutée la faculté d’agir vite. Ainsi, la navette pourrait être simplifiée. Je pense même que vous devriez pouvoir, dans les cas les plus simples, voter la loi en commission. Tout cela doit être sérieusement étudié. Je n’ignore rien des contraintes qui pèsent sur vous. Le manque de moyens, le manque d’équipes, le manque d’espace contrarient en partie les impératifs d’efficacité que je vous soumets. Pour cela, il est une mesure depuis longtemps souhaitée par nos compatriotes qu’il me semble indispensable de mettre en œuvre : la réduction du nombre des parlementaires. Un Parlement moins nombreux, mais renforcé dans ses moyens, c’est un Parlement où le travail devient plus fluide, où les parlementaires peuvent s’entourer de collaborateurs mieux formés et plus nombreux. C’est un Parlement qui travaille mieux. C’est pourquoi je proposerai une réduction d’un tiers du nombre de membres des trois assemblées constitutionnelles. Je suis convaincu que cette mesure aura des effets favorables sur la qualité générale du travail parlementaire. Les Français, pour leur majeure partie, en sont également certains. Cette réforme, qui devra être conduite en veillant à la juste représentation de tous les territoires de la République, n’a pas pour but de nourrir l’antiparlementarisme, au contraire. Elle vise à donner aux élus de la République plus de moyens et plus de poids. Le devoir d’efficacité ne saurait peser seulement sur le Parlement. L’exécutif doit en prendre sa part. Et d’abord, précisément, vis-à-vis du Parlement. C’est pourquoi j’ai voulu vous réserver, et à travers vous, aux Français, ma première expression politique depuis mon élection. Trop de mes prédécesseurs se sont vu reprocher de n’avoir pas fait la pédagogie de leur action ni d’avoir exposé le cap de leur mandat. Trop d’entre eux aussi ont pris des initiatives dont le Parlement n’était que secondairement informé pour que je me satisfasse d’en reconduire la méthode. Tous les ans, je reviendrai devant vous pour vous rendre compte. Si la considération et la bienveillance que cela traduit à l’égard du Parlement apparaissent à certains comme une dérive condamnable, c’est sans doute qu’ils ont de leur rôle de parlementaire et du rôle du Président de la République une conception vague que masquent mal l’arrogance doctrinaire ou le sectarisme. Il est toujours préoccupant que des représentants du peuple se soustraient aux règles de la constitution qui les a fait élire. Sieyès et Mirabeau ne désertèrent pas si promptement le mandat que leur avait confié le peuple. Le Président de la République doit fixer le sens du quinquennat et c’est ce que je suis venu faire devant vous. Il revient au Premier ministre qui dirige l’action du gouvernement de lui donner corps. C’est à lui qu’incombe la lourde tâche d’assurer la cohérence des actions, de conduire les transformations, de rendre les arbitrages et, avec les ministres, de vous les présenter. Je souhaite que cette responsabilité ait un sens. C’est pourquoi je demanderai au Premier ministre d’assigner à chacun des objectifs clairs dont annuellement ils me rendront compte ainsi qu’au Premier ministre. De même, l’efficacité commande que les ministres soient au cœur de l’action publique et retrouvent avec leur administration un contact plus direct. La réduction que j’ai voulue à dix du nombre de collaborateurs de cabinet comme le renouvellement de l’ensemble des directeurs d’administration centrale répond à cette priorité. Il s’agit de rendre aux directeurs d’administration disposant de la pleine confiance du gouvernement la connaissance directe de la politique de leur ministre, et ainsi d’en faciliter la conduite. Soumis eux-mêmes à l’obligation de résultat par la feuille de route qui les lie au Premier ministre, les ministres ne perdront pas de vue pour autant les conditions de mise en œuvre de leur politique. Je veux une administration plus déconcentrée, qui conseille plus qu’elle ne sanctionne, qui innove et expérimente plus qu’elle ne contraigne. Tel est le cercle vertueux de l’efficacité. C’est cette administration qui doit redonner à tous les territoires les moyens d’agir et de réussir. Car à la fin notre démocratie ne se nourrit que de l’action et de notre capacité à changer le quotidien et le réel.

B. Le souci d’efficacité ne suffira pas à rendre à notre démocratie l’oxygène dont trop longtemps elle fut privée. S’il faut en finir avec la République inefficace, il faut en finir aussi bien avec la République du souffle court, des petits calculs et de la routine. Nous ne retrouverons la respiration profonde de la démocratie que dans le renouement avec la variété du réel, avec la diversité de cette société française à l’écart de laquelle nos institutions se sont trop soigneusement tenues, n’admettant le changement que pour les autres mais pas pour elles. La réalité est plurielle, la vie est plurielle. Le pluralisme s’impose à nos institutions, qui s’affaiblissent dans l’entre soi. Nous avons fait entrer ici la grande diversité française. Elle est sociale, professionnelle, géographique, de genre et d’origine, d’âge et d’expériences, de croyances et d’engagements. Nous ne l’avons pas composée comme un nuancier savant : nous avons simplement ouvert les portes aux citoyens auxquels le monde politique refusait l’accès. Je souhaite que ce renouvellement scelle le retour du débat que n’aveuglent pas les dogmes, du partage d’idées que ne dénature pas le caporalisme. C’est aussi pour cela que je crois à la vertu du pluralisme, au respect plein et entier des oppositions. Non parce qu’il s’agirait d’un usage. Mais parce que c’est la dignité du débat démocratique et votre ardente responsabilité. La représentativité reste toutefois un combat inachevé dans notre pays. Je souhaite le mener résolument. Je proposerai ainsi que le Parlement soit élu avec une dose de proportionnelle pour que toutes les sensibilités y soient justement représentées. C’est à cette même fin que nous limiterons le cumul des mandats dans le temps pour les parlementaires. Car il s’agit là de la clef de voûte d’un renouvellement qui ne se produira pas sous la pression de l’exaspération  citoyenne mais deviendra le rythme normal de la respiration démocratique. Les parlementaires eux-mêmes verront dans leur mandat une chance de faire avancer le pays et non plus la clef d’un cursus à vie. Il est d’autres institutions de la République que le temps a figées dans les situations acquises quand le sens véritable de leur mission eût été d’incarner le mouvement vivant de la société française. Le Conseil Economique, Social et Environnemental est de celles-ci. Sa mission était de créer entre la société civile et les instances politiques un trait d’union, fait de dialogue constructif et  suivies d’effets. Cette intention fondatrice s’est un peu perdue. Je souhaite qu’on renoue avec elle. Le CESE doit devenir la Chambre du futur, où circuleront toutes les forces vives de la nation. Pour cela nous devons revoir, tout en réduisant le nombre de ses membres d’un tiers, de fond encomble les règles de sa représentativité. Celle-ci étant acquise, nous ferons de cette assemblée le carrefour des consultations publiques. L’Etat ne travaille pas, il ne réforme pas, sans consulter. L’actuel CESE doit pouvoir devenir le forum de notre République. Il réunira toutes les sensibilités et toutes les compétences, du monde de l’entreprise et du travail, des entrepreneurs et des syndicats, des salariés comme des indépendants, donnera un lieu d’expression aux associations et aux ONG, et deviendra ainsi pour l’Etat la grande instance consultative qui fait aujourd’hui défaut. Dans le même temps, je souhaite quel e droit de pétition soit revu afin que l’expression directe de nos concitoyens soit mieux prise en compte et que les propositions des Français puissent être présentées à la représentation nationale. Là aussi, il en vade la représentativité de notre démocratie. Une représentativité qui ne vivrait pas seulement une fois tous les cinq ans mais au quotidien dans l’action du législateur. Fondé sur une représentativité plus grande, animé par le souci d’efficacité, le débat démocratique et plus particulièrement le débat parlementaire retrouveront leur vitalité. Le désir d’agir et de faire avancer la société reprendra son rang premier au sein de nos institutions et il rejoindra cet autre principe souverain dont trop souvent nous nous sommes départis, celui de responsabilité.

C. Une activité parlementaire revivifiée par un cap clair, des débats mieux construits, des impacts évalués, des procédures adaptées aux objectifs, c’est un Parlement plus apte à exercer sa mission de contrôle, sans laquelle la responsabilité de l’exécutif est affaiblie. Je souhaite qu’au Parlement la majorité comme les oppositions puissent avoir encore davantage de moyens pour donner un contour et une exigence à la responsabilité politique de l’exécutif. Les ministres eux-mêmes  doivent devenir comptables des actes accomplis dans leurs fonctions ordinaires. C’est pour cette raison que je souhaite la suppression de la Cour de Justice de la République. Il faudra trouver la bonne organisation mais nos concitoyens ne comprennent plus pourquoi seuls les ministres pourraient encore disposer d’une juridiction d’exception. Faire vivre la  dans nos institutions, c’est aussi assurer l’indépendance pleine et entière de la justice. C’est une ambition qui doit demeurer, malgré les impasses et les demi-échecs rencontrés dans le passé. Je souhaite que nous accomplissions enfin cette séparation de l’exécutif et du judiciaire en renforçant le rôle du Conseil supérieur de la magistrature, et en limitant l’intervention de l’exécutif dans les nominations des magistrats du parquet. Atout le moins ce conseil devrait donner un avis conforme pour toutes les nominations de ces magistrats. C’est un changement profond des pratiques que j’appelle de mes vœux. Je ne méconnais pas l’évolution institutionnelle et constitutionnelle que cela requiert. C’est pourquoi je demanderai à Madame la Garde des Sceaux, à Monsieur le ministre de l’Intérieur et aux présidents des deux chambres de me faire pour l’automne des propositions concrètes permettant d’atteindre cet objectif. Je souhaite que la totalité des transformations profondes que je viens de détailler et dont nos institutions ont cruellement besoin soit parachevée d’ici un an et que l’on se garde des demi-mesures et des aménagements cosmétiques. Ces réformes seront soumises au vote du Parlement mais si cela est nécessaire, je recourrai au vote de nos concitoyens par voie de référendum. Car il s’agit ici de rien moins que retisser entre les Français et la République le rapport qui s’est dissous dans l’exercice mécanique du pouvoir. En faisant progressivement du mandat électif un statut, nous avons effacé ce qui en est la nature profonde : le lien avec le citoyen. Je ne parle pas de cette proximité avec l’électeur que je sais souvent réelle et sincère. Je parle de ce lien politique qui naît de l’élection et crée entre l’électeur et l’élu un pacte, un contrat – pas seulement moral, mais politique au sens le plus fort de ce terme, c’est-à-dire exprimant le sens même de la citoyenneté. Je veux réveiller ce sens du pacte civique. Je veux que l’efficacité, la représentativité et la responsabilité fassent émerger clairement et fortement une République contractuelle. La confiance accordée y va de pair avec les comptes qu’on rend. L’action s’y déploie dans un cadre partagé entre le mandataire et le mandant, et non au fil des circonstances. C’est cela, le sens de ce contrat social qui fonde la République, et dont le sens s’est tellement perdu. La politique ici rejoint la morale. Ce que nous ferons pour les institutions de la République, je souhaite le faire aussi pour nos territoires. Ne redoutons pas de nouer avec les territoires des accords de confiance. Nous savons tous combien notre France est diverse et combien est importante l’intimité des décideurs publics avec le terrain de leur action. La centralisation jacobine traduit trop souvent la peur élémentaire de perdre une part de son pouvoir. Conjurons cette peur. Osons expérimenter et déconcentrer, c’est indispensable pour les territoires ruraux comme pour les quartiers difficiles. Osons conclure avec nos territoires de vrais pactes girondins, fondés sur la confiance et sur la responsabilité. Nombre de nos territoires l’attendent. La conférence des territoires qui sera bientôt lancée et sera conduite par le Premier ministre répond à cette préoccupation. Il ne s’agira pas uniquement d’une conférence budgétaire ou financière, mais aussi de trouver ensemble les moyens d’adapter nos politiques aux réalités locales, et de donner davantage de latitude aux collectivités territoriales. Et je pense en particulier aux collectivités d’outre-mer qui doivent avoir tous les moyens pour réussir. C’est ce même esprit de confiance qui fonde cette République contractuelle que d’ores et déjà nous faisons avancer dans la société et le monde du travail en donnant à celles et ceux qui sont au plus près de la réalité de l’entreprise une capacité plus grande à en réguler le quotidien, non dans le rapport de force, mais dans un cadre convenu et partagé. Nous savons tous que la confiance exige un soin plus grand que l’usage unilatéral de l’autorité. Nous savons aussi qu’elle produit de plus grands résultats et qu’elle suscite cette concorde sans laquelle il n’est pas de vie civile supportable. La France a vécu assez d’épreuves et connu assez de grandeurs pour n’être pas ce peuple-enfant que l’on berce d’illusions. Chaque Français a sa part de responsabilité et son rôle à jouer dans la conquête à venir. En retrouvant l’esprit de nos institutions, nous redonnerons à la nation tout entière le sentiment de retrouver la maîtrise de son destin et la fierté de reprendre en main le fil de son histoire. C’est la condition même de la réconciliation de notre pays.


III. Pour être au rendez-vous que le Peuple nous a donné, il ne nous est pas permis d’attendre. C’est pourquoi j’aurai besoin pour notre République de la mobilisation de tous autour de quelques grands principes d’action. Il ne s’agit pas ici pour moi de décliner l’action du gouvernement. C’est la tâche du Premier ministre et je n’égrènerai pas ici tous les secteurs les métiers et les territoires. Que chacun sache néanmoins que ces grands principes valent pour tous.

A. Le premier doit être la recherche d’une liberté forte. En matière économique, sociale, territoriale, culturelle, notre devoir est d’émanciper nos concitoyens. C’est-à-dire leur permettre de ne pas subir leur vie mais bien d’être en situation de la choisir. De pouvoir "faire" là où trop souvent nos règles entravent au prétexte de protéger. Je crois à cet esprit des Lumières qui fait que notre objectif à la fin est bien l’autonomie de l’homme libre, conscient et critique. Trop de nos concitoyens se senten
t encore prisonniers de leurs origines sociales, de leur condition, d’une trajectoire qu’ils subissent. Or l’enclavement, l’isolement, l’absence d’accès aux transports assignent à résidence des millions de nos compatriotes. La liberté forte que nous avons à bâtir, c’est ce combat pour les mobilités physiques et numériques, afin que nul de nos territoires ne soit exclu du progrès et de l’accès. C’est le combat de la mobilité économique et sociale par le travail et par l’effort pour tous nos concitoyens, quel que soit leur quartier, leur prénom et leur origine. C’est le combat pour l’égalité pleine entre les femmes et les hommes. Ce beau combat dont notre pays a perdu il y a quelques jours une figure essentielle en Madame Simone Veil. La liberté forte, c’est la liberté de choisir sa vie. Car la liberté est ce qui réconcilie liberté et égalité, justice et efficacité. La liberté d’expérimenter, mais aussi la liberté de se tromper sont des libertés qui restent à construire. On n’embarque plus dans son existence pour un voyage au long cours. Nos vies sont explorations, tentatives, recherche. Sachons inventer cette liberté-là avec les nouvelles protections individuelles qui vont avec, en assurant l’éducation, la formation et les sécurités utiles aux grandes étapes de la vie pour pouvoir construire une existence. C’est tout le sens des transformations économiques et sociales profondes que le gouvernement aura à conduire dans les prochains mois: libérer et protéger, permettre d’innover en construisant une place pour chacun. Vouloir la liberté forte en ces temps de terrorisme, c’est assurer la sécurité de chacun et garantir le plein respect des libertés individuelles. Je veux ici vous parler avec franchise du terrorisme islamiste et des moyens de le combattre. Que devons-nous aux victimes? Que devons-nous à ceux qui sont morts ? Que devons-nous à la France endeuillée par ces assassinats marqués du sceau de la lâcheté, de la bêtise et de l’aveuglement? Certainement pas de nous limiter à l’esprit victimaire ou à la seule commémoration. Nous leur devons la fidélité à nous-mêmes, à nos valeurs et à nos principes. Renoncer, c’est concéder au nihilisme des assassins sa plus belle victoire. D’un côté, je rétablirai les libertés des Français en levant l’état d’urgence à l’automne, parce que ces libertés sont la condition de l’existence d’une démocratie forte. Parce que les abandonner c’est apporter à nos adversaires une confirmation que nous devons leur refuser. De tout temps les adversaires de la démocratie ont prétendu qu’elle était faible et que si elle voulait combattre il lui faudrait bien abandonner ses grands principes. C’est exactement le contraire qui est vrai. Le code pénal tel qu’il est, les pouvoirs des magistrats tels qu’ils sont, peuvent, si le système est bien ordonné, nous permettre d’anéantir nos adversaires. Donner en revanche à l'administration des pouvoirs illimités sur la vie des personnes, sans aucune discrimination, n’a aucun sens, ni en termes de principes ni en termes d’efficacité. Mais d’un autre côté, je souhaite que le Parlement puisse voter ces dispositions nouvelles qui nous renforceront encore dans notre lutte. Elles devront viser explicitement les terroristes à l’exclusion de tous les autres Français. Elles comporteront des mesures renforcées, mais qui seront placées sous la surveillance du juge judiciaire, dans le respect intégral et permanent de nos exigences constitutionnelles et de nos traditions de liberté. La démocratie n’a pas été conçue simplement pour les temps calmes. Elle vaut surtout pour les moments d’épreuve. Il est là, le chemin de l’efficacité, et c’est le même chemin que celui des valeurs. Un pays rassemblé, uni sur ses principes, une société pleinement consciente de ce qui la fonde sont invincibles. Tel est exactement le sens profond des textes que vous aurez à examiner. Ils visent à nous libérer de la peur, de l’aliénation à la volonté de nos adversaires. Nous travaillerons à prévenir tout nouvel attentat, et nous travaillerons à les réprimer, sans pitié, sans remords, sans faiblesse, avec d’autant plus de force que nous n’aurons cédé sur rien de ce qui nous constitue. J’en prends l’engagement devant vous, et, au-delà, devant le peuple français. Rappelons-nous que c’est au plus fort de la guerre d’Algérie qu’a été écrite et votée cette disposition de notre Constitution qui prévoit que l’autorité judiciaire est la gardienne de nos libertés. Montrons-nous dignes de la fermeté d’âme de ceux qui nous ont précédés dans les épreuves. Enfin, la liberté forte c’est toujours, en France, la liberté de conscience. C’est-à-dire la liberté intellectuelle, morale, spirituelle. De cette liberté, la France doit être l’indispensable havre. L’éducation et la culture en sont les clés. Elles sont au cœur de mon action car, en cette matière, rien n’est jamais acquis. Les progrès de l’obscurantisme nous rappellent ainsi à l’idéal des Lumières. La laïcité en est l’indispensable corollaire. A ces principes et à ces ambitions, la République a su ne rien céder car ils sont la condition même de l’autonomie de nos concitoyens. De cette culture libérale, ouverte, généreuse, nous devons refaire ensemble la singularité de la France car c’est par là que toujours elle sut rayonner. Au sein de la culture mondialisée et dont on observe la prolifération parfois inquiétante, la voix de la France et de la culture française doivent occuper une place éminente, associant tous les Français de métropole et d’outre-mer.

B. Cette liberté ne se tiendrait pas si notre deuxième principe d’action n’était de retrouver le socle de notre fraternité. Notre peuple n’est pas formé d’un peu plus de soixante-cinq millions d’individus qui cohabiteraient. Il est indivisible précisément car ce qui le tient est plus fort que des règles ou des organisations. C’est un engagement chaque jour répété qui fait que notre citoyenneté n’est jamais abstraite et froide mais qu’elle n’est  pleine et entière que par ce lien fraternel qui nous unit et dont nous devons retrouver la vigueur. L’un des drames de notre pays, c’est que cet engagement est tout simplement impossible pour ceux que les dysfonctionnements de nos systèmes sclérosés rejettent en permanence sur les marges. Il nous reviendra, au cours de ce quinquennat, de prendre la vraie mesure de cette question, de redéfinir nos moyens d’actions, sans nous laisser arrêter par de vieilles habitudes, en associant l’Etat, les collectivités, les associations, les fondations, toutes les entités qui, privées ou publiques, œuvrent à l’intérêt général et pour la dignité des personnes. Nous devons substituer à l’idée d’aide sociale, à la charité publique, aux dispositifs parcellaires, une vraie politique de l’inclusion de tous. La représentation nationale y trouvera un enjeu, un défi,à sa mesure, à votre mesure. Ne vous y trompez pas. Cette question est la plus profonde, la plus sérieuse qui soit. Notre société de la compétition et de l’efficacité est menacée à chaque instant de perdre son humanité, de perdre son âme. Pourquoi ? simplement parce qu’elle est portée à considérer les personnes non selon leur dignité intrinsèque, mais selon leur utilité sociale, et de manière tout aussi grave, en sous-estimant l’utilité sociale qu’elles peuvent avoir. Ainsi les plus jeunes sont mis indéfiniment à l’épreuve, les plus âgés, au rebut. Les chômeurs sont pointés du doigt. Mais ce sont aussi les réfugiés, vus comme un fardeau et non comme une chance. Les détenus, qui sont oubliés dans des prisons dégradées, sans espoir d’amendement. Les exclus, les sans-abris, qui sont vus comme des problèmes plus que comme des humains. Les personnes en situation de handicap, réduits à leur apparence au mépris de leur vie. C’est la « part maudite » de notre société, pour reprendre labelle formule de Georges Bataille, qui dit tant de ce que nous sommes. Le regard que la société jette sur eux est bien le même : c’est, en vérité, une absence de regard. Nous passons sans les voir. Nous refusons même jusqu’au témoignage de leur fragilité. Je voudrais le dire avec force : cela n’est pas digne de nous. Cette France nouvelle que nous voulons faire advenir, elle est la leur autant que la nôtre. Il nous faut nous en souvenir, et, chacun où le suffrage nous a placés, penser en conséquence l’action politique que nous avons à définir. Car en définitive, le sentiment d’appartenance existe moins qu’avant. Nos sociétés modernes ont tendance à se fractionner au gré des intérêts, des égoïsmes, des idées de chacun. Mais là encore il nous revient, dans l’action politique, de résister aux forces de division, aux effets de dislocation qui sont à l’œuvre et qui ne sont aucunement invincibles pour peu qu’on s’en donne les moyens. L’appartenance ne se décrète pas. Aussi cette solidarité doit-elle trouver des formes concrètes. L’école en est le premier creuset. Notre université ensuite. Notre culture. Ce sont là les formes concrètes de ce qui nous unit et ce qu’il nous faut . La langue, l’accès au savoir et à l’éducation, l’ouverture à des possibles qui nous rassemblent forgent un peuple. Face à la crise morale et de civilisation que nous vivons, nous devons savoir forger un imaginaire puissant et désirable où chacun trouvera sa place. Enfin, il y a le service national que j’ai proposé. Il faut que les jeunes Français réapprennent à se connaitre et j’ose le dire à s’aimer, au-delà des différences d’origine, de milieu, de métier. Et il faut qu’ils réapprennent, au contact de ces actions essentielles de l’Etat que sont la défense, la sécurité civile ou l’action humanitaire et civique, que notre démocratie ne vaut que par l’exercice de notre citoyenneté, et ne dure, dans sa beauté, dans sa grandeur, dans les valeurs qu’elle défend, que par l’engagement personnel de chacun. Il faut que notre jeunesse puisse apprendre de ceux qui parmi elle ont fait le choix du dévouement et du courage, au péril parfois de leur vie.


C. Le troisième principe d’action de notre mobilisation, c’est l’intelligence française. Par intelligence je pense évidemment aux grandes découvertes, aux chercheurs, à nos grands physiciens, à nos grands médecins, aux inventeurs, aux innovateurs ; je pense aux écrivains, aux philosophes, aux historiens, aux cinéastes, qui continuent d’apporter au monde ce regard libre des préjugés qui fait notre force ; je pense aux peintres ou aux musiciens qui remettent, au fond, la politique à sa juste place en nous faisant entrevoir un au-delà de l’existence immédiate qui rend à la condition humaine sa grandeur, sa beauté, souvent son tragique. Redonner toute sa place à l’intelligence française, c’est aussi se refuser à toutes ces incohérences qui nous minent. Et nous y parviendrons qu’au prix d’un véritable effort de réflexion collective. Nous ne pouvons pas, par exemple, continuer d’affirmer hautement notre attachement aux principes de l’asile, tout en nous abstenant de réformer en profondeur un système qui, débordé de toutes parts, ne permet pas un traitement humain et juste des demandes de protection émanant d’hommes et de femmes menacés par la guerre, la persécution politique, religieuse, ethnique et sexuelle. Ceux qu’on appelait en1946 les combattants de la liberté. Redonner sa place à l’intelligence française c’est faire de notre pays le centre d’un nouveau projet humaniste pour le monde. Le lieu où se concevra et se créera une société qui retrouve ses équilibres : la production et la distribution plutôt que l’accumulation,l’alimentation saine et durable, la finance équitable, le numérique au service de l’homme, la fin de l’exploitation des énergies fossiles et la réduction des émissions. Redonner sa place à l’intelligence française, enfin, c’est comprendre que les Français sont assez intelligents pour faire leur chemin tout seuls. Ce ne sont pas les Français qu’il faudrait désintoxiquer de l’interventionnisme public, c’est l’Etat lui-même. Il faut évidemment protéger les plus faibles, dans le droit du travail en particulier. Mais protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’Etat, de ses mécanismes de vérification et de contrôle. C’est de leur redonner, et à eux seuls, les moyens de peser efficacement sur leur destin. Tout sera fait pour rendre aux Français cette autonomie qu’on leur a disputée puis confisquée. Redonner sa place à l’intelligence française, c’est permettre à chacun , à chaque territoire, à ceux qui se sentent déclassés, de réussir, de s’engager.


D. J’en viens à présent au dernier principe de l’action que j’entends mener: construire la paix. Nous le savons, ce monde dans lequel nous dessinons pour la France un chemin, à la fois neuf et fidèle à sa vocation ancienne, est un monde dangereux. Notre environnement, y compris notre environnement proche, se caractérise par l’accumulation des menaces. C’est bien l’ombre de la guerre qui, à chaque nouvelle crise, se profile. La déflagration mondiale n’est plus le spectre que brandissent les pessimistes : elle est pour les réalistes une hypothèse sérieuse. Les affirmations de puissance reviennent ou émergent. Les mouvements terroristes se développent dans de multiples régions avec des moyens qui augmentent leur capacité de nuisance. Les guerres régionales atteignent des degrés nouveaux debarbarie. Les alliances d’hier s’effritent, l’ordre multilatéral doute delui-même, les régimes autoritaires et les démocraties illibérales fleurissent. L’espace cybernétique propage et amplifie les instruments de cette guerre du tout contre tous. La dérive du monde impose son rythme erratique, ses excès en tous genres, détruisant l’homme, le déracinant, effaçant sa mémoire. Cela nous impose des devoirs. Les plus graves sans doute qu’une nation puisse porter.Celui de maintenir ouverte la voie de la négociation, du dialogue et de la paix face aux entreprises les plus sinistres. La vocation de la France, sa fidélité à son histoire est de savoir construire la paix et promouvoir la dignité des personnes. C’est pourquoi partout nous devons agir d’abord pour protéger nos intérêts et au premier chef notre sécurité. C’est ce qui m’a conduit à réaffirmer notre engagement au Sahel comme au Levant, pour lutter contre le terrorisme et contre le fanatisme. Dans notre intérêt comme dans celui des peuples concernés. Et je tiens là l’engagement de nos armées chaque jour depuis tant de mois. Mais une telle action ne peut être efficace que si elles’inscrit dans la durée et vise donc à construire les solutions politiques permettant la sortie de crise. Je ne vous proposerai pas de nous substituer à d’autres peuples car je ne veux pas qu’apparaissent de nouveaux états faillis. Toujours la France doit respecter la souveraineté des peuples. Mais partout où les libertés ne sont pas respectées, nous œuvrerons, à travers notre diplomatie et nos actions de développement, afin d’aider les minorités, de travailler au service des sociétés pour le respect des droits. Cela suppose un travail exigeant, parfois long et ingrat, qui impose de replacer la France au cœur du dialogue entre les nations. C’est depuis plusieurs semaines ce que je m’emploie à faire, du Mali à la Syrie en passant par le Golfe, en échangeant en profondeur avec tous les dirigeants du monde. La France doit construire des équilibres multiples, même si parfois ils deviennent fragiles. Notre outil militaire revêt dans ces circonstances une importance majeure. J’ai déjà ordonné une revue stratégique de défense et de sécurité. Avec comme fils directeurs les principes d’indépendance et d’autonomie de décision, nos armées assureront les missions que je leur ai confiées : la dissuasion, clé de voûte de notre sécurité, la protection de nos concitoyens et de nos intérêts, l’intervention là où le respect du droit et de la stabilité internationale sont menacées. La prévention des crises et leur résolution sera gérée de manière globale en n’oubliant jamais que seuls la stabilisation et le développement permettent de créer les conditions d’une paix durable. L’indépendance que j’appelle de mes vœux ne veut pas dire solitude. La France sera fidèle à toutes ses Alliances. Les prochaines années seront pour nos armées celles d’un renouvellement stratégique et tactique. Je sais qu’elles y sont prêtes car elles sont aux avant-postes du monde tel qu’il va, avec cette vigilance et cet engagement qui font honneur à notre pays. Vous le voyez, les menaces n’ont jamais été si grandes. L’ordre multilatéral est sans doute aujourd’hui plus nécessaire que jamais alors précisément qu’il est fragilisé. Dans les années à venir, le rôle de la France sera de défendre la sécurité, l’égalité, les libertés, la planète face au réchauffement climatique tout ce qui constitue notre bien commun universel et qui chaque fois est remis en cause. C’est cela mon cap, et aucun autre. Ce cours du monde vient éprouver notre résistance et notre cohérence. C’est à titre d’exemple ce que nous vivons avec les grandes crises migratoires qui traversent l’Afrique, la Méditerranée, et à nouveau bousculent  l’Europe. Nous devons à la fois mieux les prévenir par une politique de sécurité et de développement ambitieuse, et mieux les endiguer par une politique  de contrôle et de lutte contre les trafics de personnes. Il faut pour cela mener de manière coordonnée en Europe une action efficace et humaine qui nous permette d’accueillir les réfugiés politiques courant un risque réel car  ce sont là nos valeurs, sans les confondre avec des migrants économiques et sans abandonner l’indispensable maintien de nos frontières. Pour réussir à tenir ce cap, nous avons besoin d’une Europe plus forte et refondée. Plus que jamais nous avons besoin de l’Europe or elle est affaiblie par les divisions et par le doute qui s’est installé dans notre peuple. Pourtant l’Europe est chez nous autant que nous sommes en Europe, parce qu’il est impossible de penser notre destinée continentale autrement qu’au travers du projet Européen. L’Europe, c’est nous ; et c’est aussi autre chose que nous-mêmes. C’est à la fois l’intime et l’étranger. Elle est gravée dans la chair de notre histoire. Hier dans les conflits les plus meurtriers mais aussi dans des dialogues philosophiques, scientifiques, artistiques qui ont tissé l’histoire de l’humanité, aujourd’hui dans un effort de concorde et de paix sans précédent. Négliger l’Europe, s’habituer à n’en faire qu’un objet de négociations techniques, c’est abdiquer notre histoire, c’est diminuer la France. Or la construction européenne est fragilisée par la prolifération bureaucratique et par le scepticisme croissant qui en découle. Je crois fermement à l’Europe, mais je ne trouve pas ce scepticisme injustifié. Je vous propose de reprendre de la hauteur, de sortir de la tyrannie des agendas et des calendriers et des méandres de la technique. La décennie qui vient de s’achever a été pour l’Europe une décennie cruelle. Nous avons géré des crises mais nous avons perdu le cap. Face à cet échec, qu’il faut avoir le courage de regarder en face et dont le "Brexit" n’est qu’un symptôme, certains voudraient nous faire croire qu’il n’y a d’autre choix que l’abandon de l’euro, de l’Union, le retour des frontières et la résurrection du passé, d’ailleurs idéalisé, de la souveraineté. Je tiens que cette option serait tragique et pour la France et pour l’Europe. Il revient aujourd’hui à une génération nouvelle de dirigeants de reprendre l’idée européenne à son origine, qui est politique dans son essence : une association volontaire, réaliste et ambitieuse d’Etats décidés à faire prévaloir des politiques utiles en matière de circulation des personnes et des biens – et notamment de la jeunesse, en matière de sécurité, en matière monétaire et fiscale mais aussi culturelle et politique. Les pays de l’Europe pour lesquels celle-ci ne se réduit pas au marché, mais dessine un espace oùune certaine idée de la valeur de l’homme, et l’exigence de justice sociale,sont reconnus comme prééminents, doivent se ressaisir d’un projet décisif et s’organiser en conséquence, fût-ce au prix d’un examen sans complaisance de notre fonctionnement actuel. Il revient à la France d’en prendre l’initiative. Je souhaite le faire grâce et par le travail étroit que j’ai d’ores et déjà engagé avec la Chancelière d’Allemagne. D’ici la fin de l’année, sur cette base, nous lancerons partout en Europe des conventions démocratiques. Libre à chacun ensuite d’y souscrire ou non. Mais le temps n’est plus aux raccommodages. Il faut donc reprendre l’Europe à son début, si je puis dire, à son origine même, et faire revivre le désir d’Europe. Comment? Précisément, en ne laissant pas le monopole du peuple et des idées aux démagogues ou aux extrémistes. En ne faisant pas de l’Europe un syndic de gestion de crise, qui cherche chaque jour à allonger son règlement intérieur parce que les voisins ne se font plus confiance. Mais surtout en retrouvant le souffle premier de l’engagement européen, cette certitude où furent les visionnaires des siècles passés et les pères fondateurs de l’Europe que la plus belle part de nos histoires et de nos cultures s’exprimerait non dans la rivalité, encore moins dans la guerre, mais dans l’union des forces. N’est-ce pas cette union dont notre temps a besoin ? Les défis de la modernité ont ceci de commun qu’ils dépassent nos frontières nationales mais requièrent, pour être affrontés, une vision commune du monde et de l’homme, une vision trempée aux mêmes sources, forgée par les mêmes épreuves. Ces défis sont la transition écologique, qui refonde le rapport de l’homme et de la nature ; la transition numérique, qui réécrit les règles sociales et nous oblige à réinventer ce droit continental où depuis tant de siècles nous avons voulu que la norme respecte l’homme ; c’est enfin le défi de l’humanisme contemporain face aux dangers du fanatisme, du terrorisme, de la guerre, auquel nous répondrons par une Défense plus européenne en cours d’édification, mais aussi par une Europe de la culture et de l’innovation. La paix n’est pas seulement le socle de l’Europe, elle en est en l’idéal, toujours à promouvoir, ici et dans le monde. Nous romprons avec les facilités que nous nous étions données au cours des années précédentes pour être à la hauteur de ce que le moment exige de nous. Fernand Braudel le disait, "L’Europe ne sera pas si elle ne s’appuie sur ces vieilles forces qui l’ont faite, qui la travaillent encore profondément, d’un mot si l’on néglige tous ses humanismes vivants". Ne les négligeons plus.

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,


Nous connaissons à présent l’enthousiasme des commencements, mais la gravité des circonstances nous empêche d’en ressentir aucune ivresse. Le terrorisme n’a pas désarmé. La construction européenne est en crise. Nos équilibres financiers sont dégradés, notre dette considérable. L’investissement productif est faible. Le chômage atteint des niveaux insupportables. La pauvreté s’étend, et aussi la dureté de la vie. Mais le peuple français nous a fait connaitre ses volontés, et nous en serons les serviteurs. Il y aura des traverses, il y aura de l’imprévu, il y aura des oppositions, toutes les oppositions de ce vieux monde que nous devons quitter pour renaître. Mais nous ne nous laisserons pas décourager. Devant chaque difficulté, au lieu de baisser les bras, nous en reviendrons à l’essentiel et nous y puiserons une énergie plus grande encore. J’y suis prêt. Je suis sûr que vous l’êtes aussi. Car par notre engagement les Français retrouvent leur fierté. Le peuple français ne nous demande pas seulement de l’efficacité. L’efficacité est un instrument, et puis on peut être tout à fait efficace au service d’une mauvaise cause. Il nous demande ce que la philosophe Simone Weil appelait l’effectivité. C’est-à-dire l’application concrète, tangible, visible, des principes qui nous guident. Le refus d’être pris en défaut, et de clamer des principes dont nous ne poursuivons pas sans relâche l’application. Le principe d’effectivité, c’est d’abord, pour vous, pour moi, pour le gouvernement, de ne jamais cesser de se demander si nous sommes en pratique fidèle à nos principes, c’est-à-dire d’abord à la liberté, à l’égalité, à la fraternité. Je le dis sans ambages. Aujourd’hui, nous sommes loin du compte et le peuple français nous a fait savoir que cela ne pouvait plus durer. Nous devons à chaque instant être à la hauteur de cet esprit français par l’engagement de tous. Ce que nous avons à accomplir, c’est une véritable révolution. Voici plus de 30 ans que nous nous accommodons d'un double discours, les grands principes d'un côté, Le langage politique de l'autre, et entre les deux rien, le néant des réalisations caché par l'accumulation des lois et réglementations de toutes sortes. Nous sommes ici, vous comme moi, pour changer cet ordre des choses. Pour renouer avec ce courage français qui ne se laisse pas distraire par ceux qui, n’ayant su aller nulle part, sont revenus de tout. Car, ne vous y trompez pas, les forces adverses continuent d'être puissantes, non pas tant au Parlement ou dans la rue que tout simplement dans les têtes. En chacun de nous il y a un cynique qui sommeille. Et c'est en chacun de nous qu'il faut le faire taire, jour après jour. Et cela se verra. Alors nous serons crus. Alors nous rendrons le service que le peuple français attend de nous. Alors nous resterons fidèles à cette promesse de nos commencements, cette promesse que nous tiendrons parce qu'elle est la plus grande, la plus belle qui soit: faire à l'homme, enfin, un pays digne de lui.